mardi 29 juin 2010

Les larmes et le parfum







Prédication donnée à Reims le 19 juin 2010

Lectures : Exode 15. 22-25 et Luc 7. 36-50

Interruption de séance

Imaginez qu’à l’instant où je vous parle, surgisse du fond du Temple un individu habillé de manière étrange, la tête rasée sauf au milieu du crâne et tirant deux chiens au bout d’ une grosse chaine. Il s’agenouille devant l’autel et crie d’une voix forte : Dieu est bon, j’aime Jésus ! puis il se tourne vers l’assemblée en répétant, les bras ouverts : Dieu est bon, j’aime Jésus !

Murmures dans l’assemblée… les uns se disent : ici les chiens sont interdits ! d’autres : quel sans-gêne ! ou encore : cela ne se fait pas chez nous de s’agenouiller devant la table de communion ! et il y aurait bien d’autres réactions…

Peut-être quelqu’un se dirait aussi : il a raison cet homme quand il dit : Dieu est bon, et Jésus est digne d’être aimé ! Et ça, au moins, je le retiendrai, alors que j’aurai vite fait d’oublier le sermon du pasteur !

Même interruption de séance dans le passage de l’Evangile que nous avons lu ce matin : Jésus est en train de partager un repas chez Simon le pharisien, et voilà que surgit une femme de mauvaise vie, une prostituée, qui s’agenouille au pied de Jésus. Tout en larmes, elle essuie les pieds de Jésus avec ses cheveux et elle verse du parfum sur ses pieds. Murmures des convives : qu’est-ce que c’est que cette prostituée qui entre sans autorisation, et qui verse du parfum sur les pieds de Jésus !et Jésus lui-même qui se laisse faire ! c’est indigne de lui. Et le maître de maison qui se dit en lui-même : Jésus ne sait pas que c’est une prostituée, ce n’est donc pas un prophète.

La femme n’a rien dit. Elle n’a pas dit pas «Dieu est bon, j’aime Jésus », mais elle le pense dans son cœur, elle l’exprime par ses gestes. …

Au milieu des murmures, cette femme exprime un amour sans limite, une reconnaissance infinie pour ce que Dieu a fait dans son cœur. On voudrait bien en savoir plus sur son passé, ses rencontres avec Jésus, mais le texte de Luc ne le dit pas. Jésus, lui, le sait et à travers une petite parabole (que nous n’allons pas étudier ce matin) il explique que cette femme a été pardonnée d’un grand péché. Et ses larmes, ses gestes d’amour envers Jésus sont d’autant plus intenses qu’elle s’est sentie libérée d’un plus grand poids.

La dernière phrase de Jésus c’est « va en paix, ta foi t’a sauvée. »

La foi de cette femme s’exprime non par des paroles, comme dans l’exemple de l’intrus du Temple, mais par des larmes et du parfum.

Les larmes

Les larmes peuvent avoir diverses origines. Il y a toutes sortes de larmes. Qui n’a jamais pleuré dans sa vie ? il y a des larmes de tristesse, de colère et de frustration, mais aussi des larmes de joie. Il y a des larmes de crocodile, feintes, et des larmes cachées et sincères.

Ici, je pense que cette femme a versé des larmes de repentance. En s’approchant de Jésus, elle mesure tout le gâchis de sa vie, toute l’ampleur du désastre de son existence brisée.

Les larmes de repentance peuvent surgir aussi lorsqu’on prend conscience d’une lâcheté, d’une infidélité que l’on a commise, et on se tourne vers Dieu d’un cœur brisé. Comme l’apôtre Pierre qui a renié trois fois Jésus la nuit de son arrestation, et qui s’est mis à pleurer après le chant du coq. Il sortit pour ne pas montrer ses larmes. C’est dans la solitude de la nuit qu’il trouve refuge pour les épancher, avec Dieu seul pour témoin. Pleurer ses péchés se fait devant Dieu seul, au plus profond des ténèbres.

Pour moi, cette femme représente toute la misère du monde. Les souffrances, les angoisses, les culpabilités… quel fardeau ! les familles brisées par l’extrême pauvreté, ou par l’alcool.

Et au cœur de cette misère s’exprime la repentance de ceux qui ont pris conscience de leur part de responsabilité dans ce malheur, et qui se retirent dans un lieu secret et demandent pardon à Dieu.

Vous connaissez peut-être l’expression : jeter son fardeau au pieds de Jésus. On dit aussi jeter son fardeau au pied de la croix. Eh bien, c’est ce qu’a fait cette femme en versant ses larmes sur les pieds de Jésus.

Le parfum

Elle a aussi versé du parfum.

A quoi sert le parfum sinon de répandre une agréable et apaisante odeur alentour ? (Peut-être avez-vous remarqué que la feuille de culte avec les annonces que vous tenez dans les mains sent bon. Cette petite feuille répand alentour le parfum des collines provençales, la lavande.)

Dans l’Ancien Testament, le parfum faisait partie des rites pratiqués par les prêtres. Le parfum et la fumée montaient vers le ciel en signe d’offrande ou de demande de pardon. Aujourd’hui, le parfum est l’objet d’un commerce très lucratif. Dans l’industrie du parfum, on recrute des nez. Savez-vous qu’il faut 7 ans pour former un « nez » ?

Revenons au contexte de notre récit. A l’époque de Jésus le parfum était utilisé pour embaumer les corps. La femme était-elle en train de présager la mort de Jésus ? C’est possible.

On peut penser aussi à l’onction royale, comme le pratiquaient les prophètes pour désigner les futurs rois. Par son geste, la femme oint Jésus Christ. C’est étonnant, car Jésus est déjà oint. Puisque c’est le Christ. Le mot christ veut justement dire oint en grec. La femme a oint l’oint. (l’expression n’est pas très heureuse)

Comment comprendre ce geste ? Il signifie que Jésus est le messie, le futur roi des juifs. Non pas le roi de gloire, mais le roi qui va mourir sur la croix. La femme oint un roi, non pas avec de l’huile, comme cela se faisait normalement, mais avec le parfum de l’embaumement. Cette femme accomplit un geste prophétique. Pendant ce temps là, Simon le pharisien murmure dans sa barbe que Jésus n’est pas prophète, et que cette femme n’est qu’une prostituée. Il a tout faux, elle a tout juste.

Le parfum a aussi pour caractéristique de se répandre dans l’air et de remplir toute la pièce. Le parfum se répand alentour et se communique à tous ceux qui ne comprennent ni par les paroles, ni par les yeux, mais par l’odorat. C’est un témoignage olfactif qui touche en profondeur. Nous l’avons évoqué il y a quelques mois lors des cultes sur les cinq sens. Oui, on peut témoigner par le parfum. Comme le dit Paul de manière allégorique dans sa 2ème lettre aux Corinthiens : « Grâce soit rendue à Dieu, qui nous entraine toujours dans sa victoire, dans le Christ, et qui, par nous, répand en tout lieu le parfum de sa connaissance ». (2 Cor 2. 14)

Des larmes au parfum

Pour finir, on peut se demander quelle relation il peut y avoir entre les larmes de la repentance, et le parfum du témoignage.

Entre les deux, il y a une étape très importante, c’est l’expérience d’avoir été pardonné, gracié, aimé par Dieu. Il ne faut pas la sauter cette étape. Elle est le plus souvent secrète, personnelle, intime, mais absolument nécessaire dans la vie du croyant.

Les Pères du désert, qui méditaient nuit et jour sur l’âme humaine, rapportent ce phénomène étonnant que parfois les larmes de tristesse se transforment en larmes de joie. Je cite l’un d’entre eux, Jean Climaque, qui vivait au 7ème siècle, et qui s’était retiré au pied du Mont Sinaï: « il y a des jours où nos larmes se mettent à couler toutes seules, d’une douceur telle que nous en sommes tout attendris et pacifiés ». Un phénomène aussi merveilleux ne peut avoir qu’une seule explication : ces larmes-là sont provoquées par Dieu et elles attestent qu’il nous a visités de sa propre initiative, même si nous ne l’avons pas prié !

Un jour un pèlerin rend visite à Jean Climaque et lui demande : Père, j’ai demandé pardon à Dieu pour mes péchés. Mais comment puis-je savoir que Dieu m’a effectivement pardonné ? Et le Père de répondre : je sais que je suis pardonné lorsque mes larmes amères deviennent douces.

Seul Dieu peut transformer l’aigre en doux, comme à Mara, où le peuple d’Israël au désert s’était arrêté pour boire car il avait très soif. Dieu a transformé l’eau amère en eau douce.

C’est alors qu’après les larmes, et parfois même au milieu des larmes, nous sentons monter en nous une joie profonde et paisible, et que nous pouvons témoigner au monde combien le Seigneur est bon.

C’est alors que nous pouvons répandre comme un parfum, la bonne odeur du Dieu de Jésus Christ.

Amen

dimanche 27 juin 2010

Vous êtes le Corps du Christ





Lecture : I Corinthiens 12. 12-27

Prédication donnée à Reims le 27 juin 2010 à l'occasion de la journée internationale de l' ACAT, Action des Chrétiens pour l'Abolition de la Torture.


Corps du Christ n'est pas corporatisme

Vous êtes le corps du Christ, dit l’apôtre Paul aux chrétiens de Corinthe. Sommes-nous aujourd’hui, frères et sœurs, le corps du Christ ? Qu’est-ce que cela veut dire ? qu’est-ce que cela implique ?

De prime abord l’idée de faire partie d’un corps évoque les grands corps de l’Etat. Le corps des ingénieurs des Mines, par exemple. J’imagine une conversation du genre : « Bonjour. Au fait, tu es du corps des Ponts et Chaussées ?

- C’est exact, répond l’autre.

- Ah, félicitations. Moi, je suis du corps du Christ ! »

Il y a corps et corps. Le corps du Christ, qui désigne l’Eglise, n’est pas une élite. Il n’y a pas de concours hyper sélectif à réussir pour y entrer. Les grands corps de l’Etat, les corporations, le corporatisme… tous ces mots sont bien construits sur le mot corps, mais il ne faudrait pas en déduire que l’Eglise est une corporation, n’ayant pour vocation que la défense de ses intérêts dans la société… même si hélas, cela a été le cas à certaines périodes peu reluisantes de son histoire.

La vocation de l’Eglise n’est pas d’être le corps du Christ pour lui-même, mais d’être le corps du Christ pour le monde entier. Car le Christ n’est pas mort et ressuscité pour les seuls chrétiens, mais pour toute l’humanité. Nous sommes le corps du Christ implique que notre mission n’est pas tournée vers l’intérieur, mais vers l’extérieur.

Unité dans la diversité

Mais pour rayonner vers l’extérieur, il faut d’abord être uni à l’intérieur.

L’Eglise de Corinthe à laquelle s’adresse Paul connaissait des schismes et des divisions internes. C’est pourquoi Paul insiste sur la nécessité d’être uni. Tout en sachant que les membres de cette communauté ont des origines, des cultures et des charismes extrêmement variés. C’est l’unité dans la diversité.

Alors Paul utilise une image qui circulait déjà dans la littérature de son époque, et qui apparaît dans l’Histoire Romaine de Tite Live et plus proche de nous, dans les fables de La Fontaine.


La fable des membres et de l’estomac. Les bras et les jambes décident de se mettre au chômage, et de ne plus fournir d’aliment à l’estomac, qui se trouve contraint au chômage technique. Les mutins s’aperçoivent un jour qu’il n’ont plus de force et comprennent qu’ils ne peuvent se passer de l’estomac pour vivre. Dans un corps, chacun des membres est solidaire des autres, chacun a besoin de l’autre et les bras ne peuvent pas dire à l’estomac : je n’ai pas besoin de toi.

Si une partie du corps souffre, c’est tout le corps qui souffre. C’est évidemment ce qui se produit en nous à chaque fois que nous nous blessons au pied ou que nous avons une crise de foie. Paul le dit avec justesse : si un membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance ; si un membre est à l’honneur, tous partagent sa joie.

C’est exactement comme cela que l’ACAT voit sa mission : lorsqu’un prisonnier est torturé au fond d’une cellule de Colombie ou de Chine, c’est toute l’humanité qui devrait souffrir.

Et si l’humanité ne manifeste qu’indifférence à l’égard des torturés ou des exclus, il faut bien que quelques hommes de bonne volonté se lèvent pour exprimer leur indignation, et leur compassion, et fassent tout ce qui est en leur pouvoir pour libérer les prisonniers politiques et faire cesser les traitements indignes.

Et lorsqu’une personne, par le biais de la pression des signataires de pétition et de l’opinion internationale, finit par être libérée, alors c’est la joie. Et tous devraient se réjouir comme un seul homme.

les frontières du Corps nous échappent

Vous allez me dire : mais ces prisonniers et ces torturés ne sont pas nécessairement des chrétiens, ils ne sont pas membres de l’Eglise !

Evidemment. L’ACAT n’agit pas seulement pour les chrétiens. Elle agit pour tous les hommes, sans distinction de religion ou d’opinion. En effet ces personnes qui souffrent ne font-ils pas partie aussi du corps du Christ ? Ce n’est pas le certificat de baptême qui fixe la limite du corps du Christ. Pour le Christ, il n’y a pas de limite qui compte. Le corps du Christ s’étend, ou a la vocation de s’étendre, à toute l’humanité. Les frontières de l’Eglise, corps du Christ, échappent à notre entendement. L’homme blessé sur le trottoir que vous remettez debout, il fait partie du corps du Christ. Mère Teresa disait : quand je vois par terre dans une rue de Calcutta, un homme décharné et que je le prends dans mes bras, c’est Jésus Christ lui-même que je porte.

Laurent Schlumberger, le nouveau Président du Conseil national de l’ERF, a fait une déclaration d’ouverture du Synode qui est claire sur la mission de l’Eglise, corps du Christ. Son message est intitulé : l’Eglise au-delà de l’Eglise. Il y voit un paradoxe : l’Eglise est appelée hors d’elle-même - c’est d’ailleurs la signification du mot église. Elle n’est jamais tant à sa place que lorsqu’elle est sur son propre seuil, jamais tant au cœur de sa raison d’être que lorsqu’elle sert Dieu et les hommes. Et il ajoute : c’est précisément au moment où elle se trouve ainsi dépréoccupée d’elle-même qu’elle réalise sa vocation.

Nous sommes aux antipodes du corporatisme.

Les trois missions de l'Eglise

A propos du rapprochement des Eglises Réformées et Luthériennes, Laurent Schlumberger a rappelé les trois principales missions de l’Eglise : prier, annoncer l’Evangile, servir les hommes. On peut le dire autrement : le culte, le témoignage et la diaconie.

Chacune des trois dimensions de l’Eglise est importante, et il ne faut pas privilégier l’une et délaisser l’autre. C’est comme les trois pieds d’un tabouret. Si l’un des pieds flanche, c’est le tabouret qui s’écroule. Prier, témoigner, servir. D’ailleurs, ces trois aspects existent dans les activités de l’ACAT, avec un accent particulier sur le service du prochain en difficulté, et la prière. Cette dernière est au cœur de toutes nos activités d’Eglise, car la prière est la respiration du chrétien. Et si le corps cesse de respirer, il s’étouffe et se désarticule, ou se recroqueville sur lui-même.

Amen

mardi 1 juin 2010

Sagesse ou folie ?









Culte du 30 mai à Reims

Lectures bibliques : Proverbes 8 v. 22-36 ; Rom 5 vv. 1-11

Prédicateur : Le 1er texte que nous avons lu et qui est commun avec nos frères catholiques, fait l’éloge de la sagesse.

« Heureux celui qui m’écoute, dit la sagesse, celui qui me trouve trouve la vie. »

Qui est contre la sagesse ?

Si la sagesse est l’art de se comporter en société selon les valeurs de la justice, du respect d’autrui et de la paix, qui peut s’y opposer ?

Des sagesses, il y en a autant que de cultures. Tenez par exemple un petit livret que j’ai trouvé à la librairie près du comptoir : « sagesse hindoue » : « l’argent ne satisfait pas plus l’avidité que l’eau salée ne désaltère la soif. »

Moïse, avec ses dix commandements, avait déjà enseigné la sagesse il y a 3.000 ans.

Jésus aussi : « ne jugez pas et vous ne serez pas jugés …pourquoi regardes-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère et ne remarques-tu pas la poutre qui est dans ton œil à toi ? » (Marc 6. 37-41) C’est le passage qu’a choisi Matthieu Tanon pour sa confirmation dimanche dernier.


Si les hommes plutôt que de courir après la richesse, le pouvoir ou d’autres idoles, intégraient davantage les préceptes de la sagesse, la terre ne serait-elle pas plus vivable ? N’y aurait-il pas moins de victimes innocentes, moins de violences, moins de guerre ?

Objection : Vous faites des beaux discours ! Vous nous enseignez la sagesse, vous transmettez les enseignements des grands hommes, Moïse, Jésus, vous pourriez rajouter Socrate, Bouddha, Gandhi et Comte Sponville… mais avec quels résultats, je vous demande ?

Regardez le monde : est-il plus sage qu’il y a 2.000 ans ? En vain tous les discours des sages ! en vain les belles paroles ! tout cela n’a pas empêché l’humanité de s’entretuer dans des guerres fratricides, ni les plus forts d’exploiter les plus faibles !

Prenons par exemple la parole de la Bible qui résume tout : tu aimeras ton prochain comme toi-même…Jésus l’a répété… mais en vain ! qui a pris au sérieux ce commandement ? Peut-être qu’une infime minorité d’hommes et de femmes ont appliqué vraiment ce commandement, et ils sont dignes d’admiration… mais cela reste une minorité.

Alors je vous demande, monsieur, comment s’y prendre pour que le monde change ? Pour que la majorité des hommes deviennent ne serait-ce qu’un tout petit peu plus altruistes et moins égoïstes ?

Si tous les hommes, au lieu de passer leur temps à servir leurs propres intérêts, consacraient 10% de leur temps à servir l’intérêt d’autrui, tout pourrait changer sur cette terre… mais comment les convaincre ?

Comment leur faire prendre conscience que l’amour désintéressé est la clé du bonheur pour tous ?

Moi, je ne sais pas. Et vous ?

Prédicateur : Moi non plus. Je ne suis ni un savant ni un sage. Mais il m’arrive de trouver des pistes de solution dans la Bible. Regardons le 2ème passage de ce jour.

L’apôtre Paul commence par cette expression qui fonde notre foi : « Etant justifié en vertu de la foi, nous sommes en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ. »

Etant justifié aux yeux de Dieu : il faut comprendre par là que Dieu nous considère comme justes, alors que nous sommes pécheurs. On pourrait le dire autrement : Dieu est prêt à nous pardonner, alors que nous l’avons offensé.

Une petite histoire

Je vais illustrer ceci par une petite histoire :

Il était une fois un homme, la cinquantaine, marié, deux enfants qui depuis une semaine ne trouvait plus le sommeil. Car voilà, il a renversé une dame âgée à un carrefour. Non seulement il ne dormait plus, il ne pouvait plus se regarder dans la glace, mais il avait déclaré à sa femme, en lui tendant les clés de sa voiture : prends les clés, chérie, je ne suis pas digne de toucher le volant.

Voilà comment cela s‘est passé : un camion était à l’arrêt juste devant le rond-point. L’homme s’approche avec sa voiture à vitesse modérée, double le camion, et vlan !, il heurte une dame qui traversait juste à ce moment là. Traumatisme, fracture du bassin, un mois d’hospitalisation.

Sur le conseil de sa femme, l’homme qui ne dormait plus , va rendre visite à la dame à l’hôpital. A peine entré dans sa chambre il reçoit une salutation amicale : « bonjour, monsieur, je vous reconnais. Pourquoi venez-vous me voir ? et sans attendre la réponse, elle ajoute : est-ce pour vous faire pardonner ? L’homme fait oui de la tête. Alors je vous pardonne entièrement, monsieur, je ne vous en veux pas le moins du monde ! »

Imaginez le soulagement extraordinaire qu’a pu ressentir cet homme. Tout en larmes, il l’a embrassée et est rentré chez lui. Il n’a pas tardé à retrouver le sommeil… et le volant.

Et depuis ce jour il n’a jamais été aussi prudent et vigilant sur la route.

Cette dame lui a fait un don extraordinaire : plus qu’un don, un par-don, qui est le don parfait. Il a reçu un immense cadeau qu’il se croyait indigne de recevoir. En langage d’Eglise, cela s’appelle une grâce imméritée.

Je crois que c’est exactement cela que l’apôtre Paul veut faire passer comme message, quand il dit : (v. 8) « Le Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs »

Objection : Qu’est-ce que cela veut dire ? J’entends souvent cette phrase dans les cultes, ou dans les paroles de nos cantiques, mais je finis par ne plus y faire attention. Que Jésus Christ soit mort il y a 2000 ans, cela je le comprends bien, c’est un fait. Mais qu’il soit mort pour nous aujourd’hui, voilà qui n’est pas très logique.

L’étudiant chinois qui est mort sur la place Tien an Men devant les chars de Mao, il est mort pour une bonne cause.

C’est un héros. Je comprends le sens de son geste. De même les français morts au combat pour libérer la France en 14-18 ou en 39-45, sans oublier les alliés dont nous voyons les croix dans les cimetières aux alentours. Les héros, comme je vous disais déjà, nous les admirons, mais qu’est-ce que cela change vraiment pour nous ? Est-ce que cela nous rend meilleurs ?

Prédicateur : Avec Jésus Christ, c’est différent. Ce n’est pas un héros comme les autres. Si l’on en croit l’apôtre Paul, la mort de Jésus a une portée bien plus considérable que la mort de tous les héros qui sont morts pour une bonne cause. Pourquoi ? parce que la mort de Jésus pour nous est la preuve de l’infini amour de Dieu pour l’humanité. Ce qui n’est pas le cas de l’étudiant chinois ou des morts pour la France.

Paul explique en effet que l’homme le plus courageux est capable de mourir pour une bonne cause, ou par fidélité à l’égard d’un grand homme. Je pense par exemple à ceux qui ont répondu à l’appel du General de Gaulle et qui ont risqué leur vie pour une France libre. Mais Dieu surpasse l’homme le plus courageux, car il a donné son fils non pas pour des hommes bons et grands, mais pour des hommes pécheurs. C’est dire à quel point Dieu nous aime !

Objection : Bon, admettons que Dieu ait manifesté un grand amour pour nous en envoyant son fils Jésus Christ et le laissant mourir pour nous. Admettons. Mais je vous demande : en quoi ce geste d’amour de Dieu à notre égard est-il la clé du problème ? En quoi cela pourrait-il rendre l’humanité plus sage ? les hommes plus altruistes ?

Predicateur : C’est cela la bonne question. Vous avez mis le doigt sur le chainon manquant. C’est par ce chainon que toute la chaine du bien peut se mettre à tirer le monde vers le bien et vers le haut. Vous retirez le chainon, et le monde retombe inexorablement vers le bas, vers le fond, vers le mal.

C’est le chainon de l’amour donné et reçu. Ou le pardon donné et reçu. Regardez l’homme qui a renversé une vieille dame au carrefour. Tant qu’il n’avait pas reçu le pardon, il était comme paralysé, esclave d’un sentiment de culpabilité et de mort, et incapable de faire le bien autour de lui.

Tant que l’amour n’est pas reçu, rien ne peut changer.

Prenons un autre exemple : c’est comme l’enfant qu’une famille a l’intention d’ adopter. Un enfant qui a manqué d’amour étant petit. Il ne pourra jamais grandir. Mais que la famille l’adopte et lui donne de l’affection, de la sécurité, de la chaleur et de l’amour, et le voilà qu’il s’épanouit et grandit !

Ce n’est pas en lui faisant des discours de sagesse que cet enfant va s’épanouir, mais en lui prodiguant d’abord de l’amour. C’est vrai pour tous les enfants du monde, adoptés ou non. L’amour des parents vient en premier. La sagesse transmise par l’éducation vient après. Vis-à-vis de Dieu, nous en sommes encore au stade de la petite enfance. Nous sommes comme des enfants qui n’ont pas reçu l’amour initial venant de Dieu. Dieu nous l’a donné, mais nous ne l’avons pas encore reçu, pas encore intégré.

Nos théologiens et philosophes ont écrit des tonnes de livres sur Dieu, sur Jésus Christ, la religion et la foi, mais cela ne nous fait pas avancer d’un millimètre sur le chemin de l’amour.

Objecteur : Pas d‘un m/m ?

Prédicateur : pas d’un m/m ! Ce n’est pas les discours de sagesse qui rend plus altruiste, c’est l’amour reçu au plus profond de notre être, et l’exemple de ceux qui nous éduquent.

Si nous ressentons un jour, au fond de notre être, (le mot ressentir n’est pas approprié, car ce n’est pas une question de sentiment, c’est plus profond), que Dieu s’est donné pour nous, par pure bonté, en donnant son fils… alors quelque chose change en nous, qu’aucun discours de sagesse ne peut changer. Un peu comme une personne qui a failli mourir d’un accident ou d’une maladie grave, et s’en est tiré de justesse. Il y a quelque chose qui a changé en elle.

C’est comme si Dieu, qui a créé le ciel et la terre, qui sait tout et qui voit tout, nous murmure à l’oreille en disant : « je te connais toi, je sais tout ce que tu as fait de bien et de mal, mais je t’aime à la folie. La preuve, c’est que j’ai donné mon fils pour toute l’humanité, donc pour toi aussi. »

Objecteur : Vous avez dit : Dieu nous aime à la folie ?

Prédicateur : Oui, Dieu nous aime à la folie. Sa sagesse est comme une folie aux yeux des savants et des sages. Qui aurait pu imaginer la croix comme lieu où le fils de Dieu aurait fini ses jours sur terre ? Folie pour les hommes que la sagesse de Dieu !

Dans l’épître aux Corinthiens, Paul le dit mieux que moi , et je terminerai par ces paroles :

« En effet, prêcher la mort du Christ sur la croix est une folie pour ceux qui se perdent, mais nous qui sommes sur la voie du salut, nous y discernons la puissance de Dieu….ainsi Dieu a décidé de sauver ceux qui croient grâce à cette prédication apparemment folle de la croix. Les Juifs demandent comme preuves des miracles, et les Grecs recherchent la sagesse. Quand à nous, nous prêchons le Christ crucifié : scandale pour les Juifs, et folie pour les grecs. » (I Cor. 1. 18-23

Amen