mercredi 15 juillet 2009

Le contenu de la Bonne Nouvelle en trois mots


Extrait du livre OSER écrit par Christian Tanon,





Petit manuel à l'usage de ceux qui veulent rendre leur Eglise plus rayonnante de l'Evangile.

Sous-titre : pour une dynamique d'évangélisation dans les Eglises luthéro-réformées, mai 2009, 3ème édition.

L'évangélisation, c'est la proclamation de la Bonne Nouvelle au monde qui nous entoure. D'accord, mais c'est quoi au juste la Bonne Nouvelle ? Non pas en mots d'Eglise que peut de gens comprennent aujourd'hui mais en langage de tous les jours ?

Christian Galtier, directeur de la Fondation John Bost, l’a exprimé clairement lors du forum national de l’ERF sur l’évangélisation en juin 2007. L’Evangile est tout d’abord et avant tout une parole d’amour inconditionnel de Dieu offerte à tous. « Cette bonne nouvelle a une force insoupçonnable… je crois que c’est quelque chose que nous ne sommes pas prêts à entendre, même si nous l’entendons tous les dimanches. Nous avons énormément de peine à en mesurer la force. C’est une parole qui nous dit l’amour de Dieu, un amour qui ne nous regarde pas à la mesure de ce que nous faisons ou de ce que nous ne faisons pas." Comment les pensionnaires multi-handicapés de la Fondation pourraient-ils se sentir aimés si une telle mesure leur était appliquée ? Et nous, sommes-nous capables de faire abstraction de ce que nous avons et de ce que nous savons faire, pour nous savoir « aimés » ?


Le contenu de la bonne nouvelle peut donc se résumer en trois mots : « Dieu t’aime ! »

Le possédé de Gadara, une fois délivré parce que Dieu l’aime, proclama dans la Décapole tout ce que Jésus avait fait pour lui (Marc 5. 20)

Les premiers chrétiens proclamaient que Jésus était le messie attendu par le peuple juif, et qu’il était ressuscité. Plus tard, dès la fin du 1er siècle, ils donnèrent un sens universel à cet événement en vue du salut du monde.

Le kerygme (du grec kerygma, proclamation) n’était pas uniforme dans toutes les communautés ou écoles, mais pouvait se résumer en cette phrase d’une rare densité et actualité : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son fils unique afin que quiconque croit en lui ne périsse pas mais qu’il ait la vie éternelle ». (Jean 3. 16)

Le kérygme est donc fondé sur la personne de Jésus Christ, Fils unique de Dieu, sauveur et Seigneur.

Voilà l’Evangile. Au risque d’être un peu polémique, je considère que ceux qui dans l’Eglise ne prêchent pas cela, ne peuvent prétendre faire de l’évangélisation.

lundi 6 juillet 2009

La pierre à forme inattendue





Dimanche 5 juillet 2009 au Temple de Reims 

Marc 6, 1-6 

"Jésus partit de là, et se rendit dans sa patrie. Ses disciples le suivirent.Quand le sabbat fut venu, il se mit à enseigner dans la synagogue. Beaucoup de gens qui l'entendirent étaient étonnés et disaient: D'où lui viennent ces choses? Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée, et comment de tels miracles se font-ils par ses mains?N'est-ce pas le charpentier, le fils de Marie, le frère de Jacques, de Joses, de Jude et de Simon? et ses soeurs ne sont-elles pas ici parmi nous? Et il était pour eux une occasion de chute.Mais Jésus leur dit: Un prophète n'est méprisé que dans sa patrie, parmi ses parents, et dans sa maison. Il ne put faire là aucun miracle, si ce n'est qu'il imposa les mains à quelques malades et les guérit. Et il s'étonnait de leur incrédulité."

Prédication

L’enfant du pays est de retour

Nous le connaissons bien disent les gens, c’est le charpentier, fils de Joseph lui-même charpentier. Nous connaissons ses frères et ses sœurs, nous l’avons vu grandir,  c’est bien un gars de chez nous…mais comment se fait-il qu’il prêche avec autant d’autorité et d’assurance, qu’il guérisse les malades, et qu’il fasse des prodiges ?

Imaginez frères et sœurs, que vous ayez un jeune dans votre  famille qui gratouille un peu la guitare et murmure quelques chants de temps en temps. Un jour, il part quelques semaines à l’étranger – je dis bien quelques semaines à peine, et revient chez vous pour donner un concert de rock avec son orchestre dans la plus grande salle de la ville.  A l’affiche apparaissent son nom et un prestigieux palmarès de tournée qui fait de lui un nouveau Michaël Jackson. En gros titres : « The King of Pop se réincarne. » Ne seriez vous pas surpris, étonné, voire sceptique : mais qu’est-il arrivé à notre frère ? pour qui se prend-il ? d’autres diront : par quel miracle a-t-il appris si vite à jouer et chanter ? à recruter une troupe ? à se faire une telle réputation ?

C’est ce qui est arrivé aux habitants de Nazareth, quand Jésus l’enfant du pays fut de retour, pour prêcher la bonne nouvelle du Royaume de Dieu, avec autorité et assurance, et en guérissant au passage quelques malades.

Naturellement, et c’est bien humain, les gens du pays sont étonnés, voire sceptiques,.

Devant le manque de foi des gens de la ville, Jésus ne guérit que quelques malades en leur imposant les mains.  (c’est déjà pas mal)  mais en comparaison avec ce qu’il a fait dans les villes voisines de la Galilée, c’était pas grand chose, nous dit le texte.

De l’étonnement au scandale

De l’étonnement au scandale, il n’y a qu’un pas. Dans le parallèle de l’évangile de Luc, Jésus vient à la synagogue de Nazareth pour y faire sa première prédication. Il annonce que les prophéties d’Esaïe s’accomplissent maintenant, les boiteux marchent, les aveugles voient, laissant entendre que c’est lui le Messie. Les auditeurs se lèvent, furieux, le poussent hors de la ville et tentent de le précipiter du haut d’une falaise. Pas mal, pour une première prédication. Je ne souhaite pas la même expérience aux prédicateurs qui se lancent pour la première fois dans ce périlleux exercice.

Jésus était pour eux une cause de chute. Le mot grec utilisé dans le texte est « skandalon » On peut le traduire aussi par « pierre d’achoppement ».  Jésus fut une pierre d’achoppement pour ceux qui l’avaient vu grandir et qui, disaient-ils, le connaissaient bien. Le prophète Esaïe avait déjà annoncé qu’il y aurait un jour une pierre d’achoppement pour le peuple d’Israël : pierre d’achoppement pour ceux qui ne croiront pas en elle, mais fondement solide pour ceux qui au contraire mettront en elle leur confiance, selon l’épître de Pierre que nous avons lue, et qui cite le prophète. Le problème, c’est que c’est une pierre à la forme inattendue.

Imaginez un chef de chantier qui se trouve devant une grosse pierre de forme inattendue : soit il l’intègre à sa construction dont elle devient une pierre maîtresse, soit il la méprise, et la laisse traîner sur le chantier, au risque de buter dessus.

Les idées préconçues bien ancrées

Essayons de comprendre pourquoi les gens de Nazareth étaient scandalisés, alors que dans les villes voisines, ce n’était pas le cas. Le jeune Jésus, ils le connaissaient. Comment pouvait-il être le Messie ? Il y avait dans leur tête deux images qui ne collaient pas ensemble : l’image de Jésus, et l’image du Messie. S’ils n’avaient eu aucune idée préconçue de ce Jésus qui prêchait avec autorité, ils l’auraient mieux accepté. C’est pourquoi on dit très justement « nul n’est prophète dans son propre pays » Expression populaire qui vient précisément de ce passage de la Bible.

C’est à cause des idées préconçues que le scandale arrive, et qu’on a bien du mal à se remettre en cause. Prenons quelques exemples de scandales, de pierres d’achoppement pour la foi :

Je me souviens d’un homme qui a cessé de croire en Dieu lorsque sa fille est morte d’une leucémie. Nous savons qu’un tel malheur est totalement injustifiable. Mais pour cet homme qui était pratiquant, ce fut trop. Il jeta tout par la fenêtre : la religion, la foi, et Dieu.

L’idée qu’il se faisait de Dieu ne collait pas avec la terrible réalité qu’il vivait. Quel est ce Dieu qui laisse mourir une innocente ? Déjà la question est pertinente quand il s’agit du malheur des autres, mais elle devient violence quand cela vous arrive à vous personnellement.

Dans l’idée qu’on se fait de Dieu, il y a parfois une pierre d’achoppement qui se cache.

Une autre idée préconçue qui peut faire chuter, c’est l’idée d’un Dieu qui punit selon le péché commis. Pendant de longs siècles, l’Eglise a entretenu cette idée d’un Dieu punisseur. Une dame d’une soixantaine d’année m’a avoué un jour : quand j’étais petite, j’allais tous les dimanches à l’office, et je ressortais persuadée que j’irai à coup sûr en enfer. D’où l’expression maintes fois entendue : qu’ai-je fait au bon Dieu pour mériter ça ?

Le Dieu que nous prêchons aujourd’hui n’est pas le Deus es Machina qui, d’un bras puissant, empêche les malheur de se produire, les guerres de ravager les peuples, les avions de se cracher en mer et les maladies de frapper les hommes et les femmes de tout âge. Voilà une idée préconçue qu’il faut abandonner.

Le Dieu que nous prêchons n’est pas non plus celui qui compte nos fautes en les pondérant selon leur gravité, péché véniel et péché mortel, et nous envoie des châtiments gradués en proportion de leur poids.

Le Dieu que nous prêchons, et c’est celui de l’Evangile, est le Dieu qui respecte notre liberté et nous confie la gestion des biens de ce monde en adultes responsables. Dans le malheur, dont il n’est nullement l’auteur, il nous soutient par sa présence. Il nous accompagne en marchant à nos côtés. Et celui qui marche à nos côtés n’est pas n’importe qui, c’est Jésus Christ, son Fils, qui a lui-même connu le malheur avant nous. Il a connu tous les malheurs de la condition humaine : la faim, la soif, la trahison et la haine des siens, les supplices, l’abandon et la mort.

La pierre à forme inattendue

Voilà à quoi ressemble la pierre à forme inattendue que Dieu a posé sur notre route.

Le Dieu que nous prêchons c’est le Père bienveillant qui attend le retour du fils prodigue. Quand il le voit à l’horizon, il se jette à son cou et pleure de joie et fait la fête pour son fils retrouvé.

C’est aussi le Dieu dont témoignent les jeunes baptisés aujourd’hui. Un Dieu qui inspire confiance a priori, dont on sait qu’il nous veut du bien en toute circonstance. Avez-vous entendu leur témoignage ? Voilà qui est plus convaincant que tous les discours de théologiens, et les longues prédications des pasteurs…C’est pourquoi je conclue.

Cette pierre qui s’appelle Jésus Christ, elle est : pour les uns, pierre d’achoppement pour les autres, pierre précieuse et solide sur laquelle construire sa vie…









A nous de choisir.

Amen.

dimanche 21 juin 2009

Où est votre foi ?


Prédication donnée à Epernay le 21 juin 2009





Le texte biblique : Marc 4, 35-41

Ce même jour, sur le soir, Jésus leur dit: Passons à l'autre bord.
Après avoir renvoyé la foule, ils l'emmenèrent dans la barque où il se trouvait; il y avait aussi d'autres barques avec lui.
Il s'éleva un grand tourbillon, et les flots se jetaient dans la barque, au point qu'elle se remplissait déjà.
Et lui, il dormait à la poupe sur le coussin. Ils le réveillèrent, et lui dirent: Maître, ne t'inquiètes-tu pas de ce que nous périssons?
S'étant réveillé, il menaça le vent, et dit à la mer: Silence! tais-toi! Et le vent cessa, et il y eut un grand calme.
Puis il leur dit: Pourquoi avez-vous ainsi peur? Comment n'avez-vous point de foi?
Ils furent saisis d'une grande frayeur, et ils se dirent les uns aux autres: Quel est donc celui-ci, à qui obéissent même le vent et la mer?


Le lac de Génésareth n’est pas toujours. Quand les vents se lèvent dans cette région un peu encaissée et en contrebas des plateaux et montagnes environnantes, les vagues très vite se forment, courtes et dangereuses pour toute embarcation qui se trouve là, au milieu des flots déferlants.
On imagine la scène : les disciples luttent contre les vents contraires, ramènent la voile qui se déchire, tentent d’évacuer l’eau au fur et à mesure qu’elle rentre dans l’embarcation, et pris de panique, se disent en eux-mêmes : nous n’y arriverons plus, nous allons périr !
Pendant ce temps là, Jésus dort paisiblement à l’arrière du navire, la tête reposant sur un coussin. N’y tenant plus, ils réveillent le maître en lui faisant un reproche : « maître, tu ne te soucies pas de ce que nous périssons ? »

Maître, tu ne te soucies pas de ce que nous périssons ?

Que cette question est d’actualité ! Il y a des moments dans la vie où nous avons-nous aussi de dire à Dieu : Dieu ! tu ne te soucies pas de ce que nous périssons ? Avec un ton de reproche.
« Dieu, tu ne te soucies pas de ce que des enfants innocents soient victimes de mauvais traitements, de ce que des femmes soient traitées comme des objets dans certains pays, que des villages entiers soient déportés à cause des guerres de clans, que des familles soient décimées par les tremblements de terre, ou meurtries par des accidents d’avion ?
Ces questions, ces reproches même, je les entends parfois, et ils sont bien compréhensibles.



Et quand ce n’est pas un reproche dans nos questions lancées au ciel, ’est une peur de l’avenir. « Dieu, regardes toutes ces entreprises qui font faillite, qui licencient du personnel, et que vont devenir nos jeunes ? »
Les étudiants dans nos facultés ont peur de l’avenir, ils sont hantés par la perspective du chômage. La peur est partout sous jacente dans notre société. La peur d’être cambriolé, la peur d’avoir un cancer, ou pour les plus âgés, la maladie d’Alzheimer. La peur de mourir, la peur de perdre un être cher.


Où est votre foi ?

Dans la barque, les disciples ont peur de mourir. Alors Jésus se lève, étend la main en direction des flots déchainés et le calme revient. Le vent tombe, les vagues s’apaisent.
Se tournant vers les disciples, il dit « pourquoi avez vous peur ? N’avez-vous pas encore de foi ? » Dans le parallèle de Luc, c’est plus bref : « où est votre foi ? ».

Je vous avoue qu’au milieu d’une tempête, sur un bateau qui prend l’eau et s’enfonce, j’aurais beau avoir la foi, j’aurai beau me dire que j’ai été baptisé et que j’ai fait des études de théologie, j’aurais quand même la trouille de ma vie … Et si dans ce bateau, le skipper était en train de dormir, je n’hésiterais pas, foi ou pas foi, à le réveiller !

Mais ce qui intéresse Jésus, c’est la foi de ses disciples. C’est notre foi. Malgré la peur.
Il faut bien comprendre que tout au long de cette scène, la peur cohabite avec la foi. Car les disciples ont foi en Jésus, ils le reconnaissent bien comme leur maître.
Quand tout va mal, que la peur vous saisit au ventre, une voix vous dit : et ta foi ? et ta confiance ?
Il faut bien reconnaître que nous ne sommes pas Jésus, capables de dormir sur un coussin en pleine tempête. Qui peut prétendre que sous prétexte qu’il a la foi, qu’il croit en Dieu, il n’aura jamais peur ?
Parfois, c’est le doute cohabite avec la foi. Qui peut prétendre que sous prétexte qu’il a la foi, il ne doutera jamais de la puissance de Dieu ? Même Jésus Christ, sur la croix, a été traversé par un doute terrifiant, quand il s’est écrié : « mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ? »



Face à la mort, il n’est pas garanti que nous soyons remplis de sérénité et de paix. J’ai connu un prêtre aux Etats-Unis qui m’a avoué avoir constamment peur de la mort. C’est bien humain. Je me souviens lui avoir demandé : d’où vient-elle cette peur ? Il m’a répondu, je n’en sais rien, je me demande si cela ne vient pas de Dieu lui-même, qui veut me rappeler sans cesse que je suis mortel. Peut-être pour m’empêcher que je devienne orgueilleux…

Dans le récit de la tempête apaisée, il n’est jamais question de connaissance, ou de doctrine, il est question de confiance. De fiance comme disait Calvin. C’est Jésus qui s’en préoccupe le plus. Où est votre foi ? demande-t-il.

Il est bon de se poser périodiquement la question : où est ta foi ? où en es-tu de ta relation de confiance avec Dieu ? Faut-il attendre la prochaine tempête pour se poser cette question ? C’est comme dans l’accident d’avion : faut-il attendre le prochain crash dans l’océan pour vérifier les sondes de vitesse le long du fuselage ? (excusez_moi pour cette comparaison un peu triviale ou sinistre)
Prenons un autre exemple : dans la relation du couple : ne faut-il pas de temps en temps que l’un dise à l’autre : « je t’aime » car si pendant des années, on ne dit rien, l’autre pourrait commencer à douter ? Et le jour de la tempête, l’embarcation du ménage ne pourrait-il pas alors sombrer ?

Je suis toujours là, dans ta barque

Où est ta foi ? nous demande Dieu à travers le récit. Mais il nous dit aussi, à travers ce même récit, que Jésus est là dans notre barque. Il s’adresse à chacun d’entre nous et nous dit : je sais que tu as connu des tempêtes, et que tu en connaîtras d’autres, mais sache une chose, c’est que je suis toujours là, dans ta barque. Il est possible que je dorme en ce moment. Mais si une tempête se lève dans ta vie, si tu as peur, ce qui est inévitable et tellement humain face au danger, alors tu peux me réveiller ! Je ne te reprocherai pas de m’avoir réveillé. Sache que je suis toujours là, dans ton cœur, et que tu pourras compter sur moi. »
N’est-ce pas extraordinaire de savoir cela ?

La présence de Dieu dans notre vie ne nous épargne pas des épreuves et des dangers, nous le savons bien. Elle ne nous ôte pas notre responsabilité d’homme et de femme face aux difficultés de l’existence. Mais cette présence change tout. Car nous savons que nous ne serons jamais seuls, même quand tous seront partis.
Et cette présence de Dieu n’est pas juste une présence passive et inerte comme une planche au fond d’un jardin, mais un être vivant qui nous questionne sans cesse : où en es-tu de ta foi ? Comme si la foi n’était jamais acquise une fois pour toute. Et c’est bien le cas.

Dieu est un Dieu de relation, et ce qui compte le plus pour Dieu, c’est la qualité de notre relation à lui. Chaque matin, il nous pose cette question en quelque sorte : as-tu toujours confiance en moi ? Penses-tu toujours à moi ? Fais-tu une petite place pour moi dans tes pensées, dans ton programme de la journée ? Il est même jaloux parfois : Eh ! tu a l’air de mettre le Dieu argent sur un piédestal ! ou ta propre personne sur un piédestal ! Car Dieu n’aime pas les idoles…vous le savez.
Il nous interpelle, nous questionne, nous éprouve parfois… pourquoi fait-il tout cela ? Est-ce du harcèlement moral ? Pas du tout, il le fait par amour pour nous. Il veut faire de nous ses enfants.
De même que Jésus voulait faire de ses disciples des apôtres en les éprouvant face au danger, des apôtres capables de prendre le relais de sa mission après sa mort et sa résurrection,
de même, Dieu utilise les épreuves de la vie pour nous fortifier dans la foi, et nous rapprocher de nous comme un Père rassemble ses enfants bien aimés.

Amen

dimanche 31 mai 2009

Se rendre docile à l'Esprit








Extrait du livre OSER écrit par Christian Tanon,





Petit manuel à l'usage de ceux qui veulent rendre leur Eglise plus rayonnante de l'Evangile.

Sous-titre : pour une dynamique d'évangélisation dans les Eglises luthéro-réformées, mai 2009, 3ème édition.

Tout l’Evangile, voire toute la Bible, peut et doit nous inspirer dans notre approche de l’évangélisation. Deux passages retiennent notre attention ici, car ils mettent l’accent sur l’action incontournable de l’Esprit Saint et présentent l’évangélisation comme un processus, et non comme une action ponctuelle.

1. 1er passage : Actes 8, 26-40 Philippe et le ministre éthiopien. Une leçon de docilité à l’Esprit Saint.


"Un ange du Seigneur dit à Philippe : « Tu vas partir en direction du sud, sur la route qui descend de Jérusalem à Gaza. Cette route est déserte. » Philippe partit aussitôt. Et, sur son chemin, un homme se présenta : c'était un eunuque éthiopien, haut fonctionnaire chargé d'administrer les trésors de Candace, la reine d'Éthiopie ; il était venu à Jérusalem pour adorer Dieu et il retournait chez lui. Assis sur son char, il lisait le livre du prophète Ésaïe. Le Saint-Esprit dit à Philippe : « Va rejoindre ce char. » Philippe s'en approcha en courant et entendit l'Éthiopien qui lisait le livre du prophète Ésaïe. Il lui demanda : « Comprends-tu ce que tu lis ? » L'homme répondit : « Comment pourrais-je comprendre, si personne ne m'éclaire ? » Et il invita Philippe à monter sur le char pour s'asseoir à côté de lui. Le passage de l'Écriture qu'il lisait était celui-ci :
« Il a été comme une brebis qu'on mène à l'abattoir,
comme un agneau qui reste muet devant celui qui le tond.
Il n'a pas dit un mot.
Il a été humilié et n'a pas obtenu justice.
Qui pourra parler de ses descendants ?
Car on a mis fin à sa vie sur terre. »
Le fonctionnaire demanda à Philippe : « Je t'en prie, dis-moi de qui le prophète parle-t-il ainsi ? Est-ce de lui-même ou de quelqu'un d'autre ? » Philippe prit alors la parole et, en partant de ce passage de l'Écriture, il lui annonça la Bonne Nouvelle de Jésus. Ils continuèrent leur chemin et arrivèrent à un endroit où il y avait de l'eau. Le fonctionnaire dit alors : « Voici de l'eau ; qu'est-ce qui empêche que je sois baptisé ? » Philippe lui dit : « Si tu crois de tout ton cœur, tu peux être baptisé. » Et l'homme répondit : « Je crois que Jésus-Christ est le Fils de Dieu. »Puis il fit arrêter le char. Philippe descendit avec lui dans l'eau et il le baptisa. Quand ils furent sortis de l'eau, l'Esprit du Seigneur enleva Philippe. Le fonctionnaire ne le vit plus, mais il continua son chemin tout joyeux"



C’est la première fois dans le livre des Actes qu’une conversion n’est accompagnée d’aucun miracle. Ce récit d’évangélisation nous est du coup plus accessible.
C’est la première fois également qu’une action d’évangélisation se déroule à deux personnes, dans un dialogue, loin de la foule. Situation qui nous est familière : n’avons-nous pas parfois l’occasion de témoigner de notre foi dans notre vie quotidienne, au cours d’un dialogue en confidence, auprès d’une personne qui est en recherche ?
Ce récit nous fournit une série d’enseignements sur le processus d’évangélisation, dont voici les principaux.

Le rôle déterminant de l’Esprit Saint

Les Chrétiens d’Ethiopie revendiquent d’être citoyens de la première nation chrétienne dans l’histoire. Grâce à qui ? grâce au premier ministre, eunuque de son état, qui, à peine rentré dans son pays, aurait témoigné de la bonne nouvelle de Jésus et aurait fait baptiser tous ceux qui y croyaient (et peut-être même aussi ceux qui n’y croyaient pas, comme le roi Vladimir dans la Russie du 10ème siècle). Mais le mérite n’en revient-il pas à Philippe, l’apôtre de Jésus Christ, qui a converti et baptisé l’eunuque éthiopien ?
Pour dire vrai, et le récit biblique insiste beaucoup là-dessus, c’est grâce à la puissance de l’Esprit Saint. Car le seul mérite de Philippe est d’avoir été disponible, attentif à l’Esprit. Nous dirions docile, c'est-à-dire prêt à mettre en œuvre ses propositions. C’est l’Esprit qui l’a poussé vers le Sud sur un chemin désert. Quelle admirable confiance de la part de l’apôtre, qui s’est levé et s’est mis en route, tel Abram du pays d’Ur, sans savoir ce qu’il avait à y faire ni qui il allait rencontrer ! Sur simple injonction de Dieu. C’est encore le même Esprit qui lui dit « avance et approche-toi de ce char ». Et c’est toujours l’Esprit qui lui mit dans la bouche la question qu’il fallait justement poser à son interlocuteur, au moment où, comme par hasard, celui-ci butait sur un passage des Ecritures qu’il ne comprenait pas : « comprends-tu ce que tu lis ? ».
Pour Philippe, le plus dur était fait. Le contact était établi, le dialogue pouvait s’instaurer sur un terrain propice à l’annonce de l’Evangile, et à un moment particulièrement favorable, ce moment où le « chercheur de Dieu » se débat avec le dernier obstacle à la foi.




Se rendre docile à l’Esprit

Le seul mérite de celui qui évangélise est donc d’être docile à l’Esprit Saint, d’être à l’écoute des murmures ineffables, comme dit l’apôtre Paul, que Dieu fait surgir dans son esprit ou dans son cœur. Philippe l’évangélisateur s’était mis corps et âme au service de sa mission, attendant, sans doute dans la prière, de recevoir sa feuille de route.
Voilà une leçon à retenir : en matière d’évangélisation, il est inutile de prévoir à l’avance qui nous allons « approcher », ni ce qu’on va lui dire. C’est tout le contraire de l’approche commerciale, qui consiste, selon une étude marketing rationnelle, à programmer les prospects à voir, et préparer minutieusement son argumentaire en fonction de leurs profils respectifs. Rien de tout cela n’est nécessaire dans le domaine de l’évangélisation. Si nous procédions de cette manière, il y aurait fort à parier que nous serions comme les disciples du Christ qui ont pêché toute la nuit sans rien prendre.

mercredi 15 avril 2009

Où est-il le Seigneur ressuscité ?












Culte de Pâques avec le baptême de Thibault, 8 ans, et de Rebecca, 7 mois.

Lecture biblique : Jean 20 .1-18

"Tôt le dimanche matin, alors qu'il faisait encore nuit, Marie de Magdala se rendit au tombeau. Elle vit que la pierre avait été ôtée de l'entrée du tombeau. 2Elle courut alors trouver Simon Pierre et l'autre disciple, celui qu'aimait Jésus, et leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l'a mis. »3Pierre et l'autre disciple partirent et se rendirent au tombeau. 4Ils couraient tous les deux ; mais l'autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau. 5Il se baissa pour regarder et vit les bandes de lin posées à terre, mais il n'entra pas. 6Simon Pierre, qui le suivait, arriva à son tour et entra dans le tombeau. Il vit les bandes de lin posées à terre 7et aussi le linge qui avait recouvert la tête de Jésus ; ce linge n'était pas avec les bandes de lin, mais il était enroulé à part, à une autre place. 8Alors, l'autre disciple, celui qui était arrivé le premier au tombeau, entra aussi. Il vit et il crut. 9En effet, jusqu'à ce moment les disciples n'avaient pas compris l'Écriture qui annonce que Jésus devait se relever d'entre les morts. 10Puis les deux disciples s'en retournèrent chez eux.

Jésus se montre à Marie de Magdala

11Marie se tenait près du tombeau, dehors, et pleurait. Tandis qu'elle pleurait, elle se baissa pour regarder dans le tombeau ; 12elle vit deux anges en vêtements blancs assis à l'endroit où avait reposé le corps de Jésus, l'un à la place de la tête et l'autre à la place des pieds. 13Les anges lui demandèrent : « Pourquoi pleures-tu ? » Elle leur répondit : « On a enlevé mon Seigneur, et je ne sais pas où on l'a mis. » 14Cela dit, elle se retourna et vit Jésus qui se tenait là, mais sans se rendre compte que c'était lui.15Jésus lui demanda : « Pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? » Elle pensa que c'était le jardinier, c'est pourquoi elle lui dit : « Si c'est toi qui l'as emporté, dis-moi où tu l'as mis, et j'irai le reprendre. » 16Jésus lui dit : « Marie ! » Elle se tourna vers lui et lui dit en hébreu : « Rabbouni ! » — ce qui signifie « Maître » —. 17Jésus lui dit : « Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père. Mais va dire à mes frères que je monte vers mon Père qui est aussi votre Père, vers mon Dieu qui est aussi votre Dieu. » 18Alors, Marie de Magdala se rendit auprès des disciples et leur annonça : « J'ai vu le Seigneur ! » Et elle leur raconta ce qu'il lui avait dit."

Le retournement intérieur

Marie-Madeleine était dans la nuit quand elle s’est approché du tombeau.  La nuit de la tristesse, la nuit où tout espoir est perdu. Son seul petit espoir était qu’elle puisse entrer par un moyen quelconque dans le tombeau pour accomplir les rites d’embaumement sur le corps de Jésus.

Nous sommes frappés dans ce récit par la difficulté de croire que Jésus est ressuscité. Pour Marie-Madeleine, le tombeau vide signifie que le corps a été enlevé.  Pour qu’elle arrive enfin à comprendre, il lui a fallu plusieurs étapes : la rencontre avec deux anges n’a pas eu beaucoup d’effet, sinon d’accroître son étonnement. 

Que le jardinier l’interroge : femme pourquoi pleures-tu ? qui cherches-tu ? n’a pas non plus été décisif. Ce n’est que lorsque Jésus, qu’elle prenait pour le jardinier l’a appelée par son nom : Marie ! qu’elle comprend enfin : Jésus est ressuscité ! Il est là en chair et en os, devant elle ! Et elle s’est retournée une deuxième fois dit le texte : une première fois parce que le jardinier lui parlait de derrière elle, une 2ème fois elle s’est retournée (mais le verbe en grec est différent) alors que son interlocuteur était en face d’elle : il s’agit d’un retournement intérieur.

Appelés par notre nom

Cela nous apprend quelque chose sur notre foi : je ne crois pas que la foi se réduise à une somme de croyances, ni même à l’appartenance à une Eglise. La foi repose sur une rencontre personnelle avec Dieu ou avec Jésus. C’est lorsque l’on prend conscience que nous sommes appelés par notre nom, non pas par les parents ou par les amis ou les profs de classe, mais par une voix extérieure, voix faible ou inaudible le plus souvent, que nous pouvons parler de foi, ou de commencement de foi.

Ce matin, deux enfants ont été appelés par leur nom: Thibault et Rebecca. Thibault est assez grand pour comprendre que cet appel ne vient pas seulement du pasteur ou des parents ou des parrains et marraines, mais de plus haut, de plus grand que toutes ces personnes. Rebecca est encore trop petite pour le discerner, mais notre espérance est qu’elle puisse un jour l’entendre cet appel : « Rebecca, tu es ma fille bien aimée ! ou Rebecca, je compte sur toi ! »

Et nous adultes ? pouvons-nous dire que le Seigneur nous a appelés par notre nom ? Pouvons-nous même affirmer en toute sincérité, pas seulement parce que l’Eglise l’affirme, pas seulement comme une formule apprise par cœur, que le Seigneur est ressuscité ? Croyons-nous que Dieu agit encore aujourd’hui dans le monde ? C’est une autre façon de poser la question.

Il est où votre Dieu ?

Cette question m’a été posée par un journaliste pas plus tard que Vendredi dernier à l’occasion de la marche œcuménique de la croix dans le ville de Reims. Croyez-vous monsieur le pasteur que Dieu agit encore dans le monde, quand on voit toutes ces victimes innocentes comme en Italie, ou les victimes des guerres, ou encore bien des souffrances … que fait-il votre Dieu ? Tout ce que j’ai pu dire, dans les quelques minutes dont je disposais, c’est que je crois que Dieu agit dans le cœur des croyants. Et les croyants sont plus nombreux que les habitués de l’Eglise. Il agit discrètement le plus souvent. Ce n’est pas très médiatique, il faut le reconnaître.

Si j’avais eu plus de temps à l’antenne, j’aurais dit ceci : Vous me demandez où il est votre Seigneur ressuscité ? mais il est là quand une famille décide de baptiser son enfant ! 

Il est là quand une réconciliation s’opère dans une famille divisée. Où est-il le Seigneur ressuscité ? mais il est là dans la maison d’arrêt de Reims quand un détenu  me dit : j’ai tué ma femme sous l’emprise de la colère et de l’alcool, et j’ai des remords terribles, mais si je ne croyais pas en Dieu, je me serais déjà pendu là, vous voyez, là à ce tuyau qui passe au dessus de la porte.

Dieu n’agit pas seulement pour les croyants, mais pour tous ceux qui, par leur conscience, suivent ou essaient de suivre la loi d’amour du prochain.

En ce matin de Pâques, Marie-Madeleine et deux disciples sont retournés chez eux à Jérusalem. Ce qu’ils avaient à dire était d’une telle intensité, comme un point lumineux à un million de degrés, que le feu s’est répandu alentour.

Ce feu de l’espérance qui n’a cessé d’illuminer le monde, et il l’illuminera encore.

Amen