Dimanche 5 juillet 2009 au Temple de Reims
Marc 6, 1-6
"Jésus partit de là, et se rendit dans sa patrie. Ses disciples le suivirent.Quand le sabbat fut venu, il se mit à enseigner dans la synagogue. Beaucoup de gens qui l'entendirent étaient étonnés et disaient: D'où lui viennent ces choses? Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée, et comment de tels miracles se font-ils par ses mains?N'est-ce pas le charpentier, le fils de Marie, le frère de Jacques, de Joses, de Jude et de Simon? et ses soeurs ne sont-elles pas ici parmi nous? Et il était pour eux une occasion de chute.Mais Jésus leur dit: Un prophète n'est méprisé que dans sa patrie, parmi ses parents, et dans sa maison. Il ne put faire là aucun miracle, si ce n'est qu'il imposa les mains à quelques malades et les guérit. Et il s'étonnait de leur incrédulité."
Prédication
L’enfant du pays est de retour
Nous le connaissons bien disent les gens, c’est le charpentier, fils de Joseph lui-même charpentier. Nous connaissons ses frères et ses sœurs, nous l’avons vu grandir, c’est bien un gars de chez nous…mais comment se fait-il qu’il prêche avec autant d’autorité et d’assurance, qu’il guérisse les malades, et qu’il fasse des prodiges ?
Imaginez frères et sœurs, que vous ayez un jeune dans votre famille qui gratouille un peu la guitare et murmure quelques chants de temps en temps. Un jour, il part quelques semaines à l’étranger – je dis bien quelques semaines à peine, et revient chez vous pour donner un concert de rock avec son orchestre dans la plus grande salle de la ville. A l’affiche apparaissent son nom et un prestigieux palmarès de tournée qui fait de lui un nouveau Michaël Jackson. En gros titres : « The King of Pop se réincarne. » Ne seriez vous pas surpris, étonné, voire sceptique : mais qu’est-il arrivé à notre frère ? pour qui se prend-il ? d’autres diront : par quel miracle a-t-il appris si vite à jouer et chanter ? à recruter une troupe ? à se faire une telle réputation ?
C’est ce qui est arrivé aux habitants de Nazareth, quand Jésus l’enfant du pays fut de retour, pour prêcher la bonne nouvelle du Royaume de Dieu, avec autorité et assurance, et en guérissant au passage quelques malades.
Naturellement, et c’est bien humain, les gens du pays sont étonnés, voire sceptiques,.
Devant le manque de foi des gens de la ville, Jésus ne guérit que quelques malades en leur imposant les mains. (c’est déjà pas mal) mais en comparaison avec ce qu’il a fait dans les villes voisines de la Galilée, c’était pas grand chose, nous dit le texte.
De l’étonnement au scandale
De l’étonnement au scandale, il n’y a qu’un pas. Dans le parallèle de l’évangile de Luc, Jésus vient à la synagogue de Nazareth pour y faire sa première prédication. Il annonce que les prophéties d’Esaïe s’accomplissent maintenant, les boiteux marchent, les aveugles voient, laissant entendre que c’est lui le Messie. Les auditeurs se lèvent, furieux, le poussent hors de la ville et tentent de le précipiter du haut d’une falaise. Pas mal, pour une première prédication. Je ne souhaite pas la même expérience aux prédicateurs qui se lancent pour la première fois dans ce périlleux exercice.

Jésus était pour eux une cause de chute. Le mot grec utilisé dans le texte est « skandalon » On peut le traduire aussi par « pierre d’achoppement ». Jésus fut une pierre d’achoppement pour ceux qui l’avaient vu grandir et qui, disaient-ils, le connaissaient bien. Le prophète Esaïe avait déjà annoncé qu’il y aurait un jour une pierre d’achoppement pour le peuple d’Israël : pierre d’achoppement pour ceux qui ne croiront pas en elle, mais fondement solide pour ceux qui au contraire mettront en elle leur confiance, selon l’épître de Pierre que nous avons lue, et qui cite le prophète. Le problème, c’est que c’est une pierre à la forme inattendue.
Imaginez un chef de chantier qui se trouve devant une grosse pierre de forme inattendue : soit il l’intègre à sa construction dont elle devient une pierre maîtresse, soit il la méprise, et la laisse traîner sur le chantier, au risque de buter dessus.
Les idées préconçues bien ancrées
Essayons de comprendre pourquoi les gens de Nazareth étaient scandalisés, alors que dans les villes voisines, ce n’était pas le cas. Le jeune Jésus, ils le connaissaient. Comment pouvait-il être le Messie ? Il y avait dans leur tête deux images qui ne collaient pas ensemble : l’image de Jésus, et l’image du Messie. S’ils n’avaient eu aucune idée préconçue de ce Jésus qui prêchait avec autorité, ils l’auraient mieux accepté. C’est pourquoi on dit très justement « nul n’est prophète dans son propre pays » Expression populaire qui vient précisément de ce passage de la Bible.
C’est à cause des idées préconçues que le scandale arrive, et qu’on a bien du mal à se remettre en cause. Prenons quelques exemples de scandales, de pierres d’achoppement pour la foi :
Je me souviens d’un homme qui a cessé de croire en Dieu lorsque sa fille est morte d’une leucémie. Nous savons qu’un tel malheur est totalement injustifiable. Mais pour cet homme qui était pratiquant, ce fut trop. Il jeta tout par la fenêtre : la religion, la foi, et Dieu.
L’idée qu’il se faisait de Dieu ne collait pas avec la terrible réalité qu’il vivait. Quel est ce Dieu qui laisse mourir une innocente ? Déjà la question est pertinente quand il s’agit du malheur des autres, mais elle devient violence quand cela vous arrive à vous personnellement.
Dans l’idée qu’on se fait de Dieu, il y a parfois une pierre d’achoppement qui se cache.

Une autre idée préconçue qui peut faire chuter, c’est l’idée d’un Dieu qui punit selon le péché commis. Pendant de longs siècles, l’Eglise a entretenu cette idée d’un Dieu punisseur. Une dame d’une soixantaine d’année m’a avoué un jour : quand j’étais petite, j’allais tous les dimanches à l’office, et je ressortais persuadée que j’irai à coup sûr en enfer. D’où l’expression maintes fois entendue : qu’ai-je fait au bon Dieu pour mériter ça ?
Le Dieu que nous prêchons aujourd’hui n’est pas le Deus es Machina qui, d’un bras puissant, empêche les malheur de se produire, les guerres de ravager les peuples, les avions de se cracher en mer et les maladies de frapper les hommes et les femmes de tout âge. Voilà une idée préconçue qu’il faut abandonner.
Le Dieu que nous prêchons n’est pas non plus celui qui compte nos fautes en les pondérant selon leur gravité, péché véniel et péché mortel, et nous envoie des châtiments gradués en proportion de leur poids.
Le Dieu que nous prêchons, et c’est celui de l’Evangile, est le Dieu qui respecte notre liberté et nous confie la gestion des biens de ce monde en adultes responsables. Dans le malheur, dont il n’est nullement l’auteur, il nous soutient par sa présence. Il nous accompagne en marchant à nos côtés. Et celui qui marche à nos côtés n’est pas n’importe qui, c’est Jésus Christ, son Fils, qui a lui-même connu le malheur avant nous. Il a connu tous les malheurs de la condition humaine : la faim, la soif, la trahison et la haine des siens, les supplices, l’abandon et la mort.
La pierre à forme inattendue
Voilà à quoi ressemble la pierre à forme inattendue que Dieu a posé sur notre route.
Le Dieu que nous prêchons c’est le Père bienveillant qui attend le retour du fils prodigue. Quand il le voit à l’horizon, il se jette à son cou et pleure de joie et fait la fête pour son fils retrouvé.
C’est aussi le Dieu dont témoignent les jeunes baptisés aujourd’hui. Un Dieu qui inspire confiance a priori, dont on sait qu’il nous veut du bien en toute circonstance. Avez-vous entendu leur témoignage ? Voilà qui est plus convaincant que tous les discours de théologiens, et les longues prédications des pasteurs…C’est pourquoi je conclue.
Cette pierre qui s’appelle Jésus Christ, elle est : pour les uns, pierre d’achoppement pour les autres, pierre précieuse et solide sur laquelle construire sa vie…

A nous de choisir.
Amen.