lundi 28 décembre 2009

le regard d'un enfant


Prédication de Noël 2009 à Reims

Lecture : Luc 2. 1-20

Un enfant vient de naître

Lorsqu’un bébé vient de naître dans une famille, les grand parents, oncles et tantes ou amis s’approchent du berceau, ou de la maman qui tient l’enfant dans ses bras, et s’exclament : oh ! qu’il est beau, qu’il est mignon ! Comme il ressemble à son papa ! Mais non, c’est le portrait de sa grand’mère ! S’il est rougeau et fripé, on s’abstient de tout commentaire. On se réjouit avec les parents que tout s’est bien passé et on leur souhaite tout le bonheur du monde.

Mais les bergers qui sont venus voir l’enfant Jésus à Bethleem n’avaient pas ce genre de pensées. Car pour eux, ce bébé n’était pas comme les autres bébés. Il était leur nouveau roi, le messie que les Juifs à l’époque attendaient avec impatience. A travers ce bébé ordinaire, ils voyaient un évènement extraordinaire, ils voyaient ce que personne d’autre ne pouvait voir, hors mis Joseph et Marie qui étaient au courant, ils voyaient le visage de Dieu.

Ce petit enfant les a regardés sans rien dire. Il les a regardés comme tout bébé regarde un étranger qui s’approche doucement de son berceau, les yeux grand ouverts, attentifs, sans la moindre trace de jugement comme ont les grandes personnes, un regard pur qui suscite l’émerveillement.

Un regard qui bouleverse

Si le regard d’un petit enfant suscite l’émerveillement, alors quelle impression peut produire le regard d’un enfant dont on sait qu’il est le messie, l’envoyé de Dieu ? un émerveillement au carré ? un bouleversement intérieur certainement. Oui, c’est ce que les bergers ont ressenti quand le petit enfant dans la crèche les a regardés. Bouleversés ont-ils été, au point qu’ils se sont empressés de tout raconter aux autres bergers, et à bien d’autres personnes, de témoins à témoins, jusqu’à ce que Luc, l’auteur de l’Evangile, en soit informé et le raconte à son tour.

Essayons de comprendre, de toucher du doigt la raison de ce bouleversement.

Tout d’abord le cadre dans lequel est apparu le messie. Quoi de plus familier pour des bergers ? une étable, un bœuf et un âne, de la paille, une mangeoire. Ce n’était ni le palais d’un roi, ni le berceau d’un prince. Dieu a choisi le cadre le plus modeste pour révéler son fils.

En outre, n’importe qui pouvait s’approcher de l’enfant sans qu’aucun garde ne l’interroge à l’entrée. La porte de la grange était entrouverte, sans doute, pour laisser entrer n’importe quel vagabond qui passait par là. N’importe qui pouvait accéder au futur roi, même ceux qui se trouvaient au bas de l’échelle sociale, comme les bergers - des gens au demeurant peu recommandables à l’époque, des marginaux car leur métier les empêchait de fréquenter les synagogues et de respecter le sabbat. Et voilà que ces gens là ont un droit d’accès privilégié au futur roi sans qu’on leur pose la moindre question sur leur métier, leur statut social, leur pratique religieuse.

Un regard bienveillant et sans jugement

Quel est donc ce regard d’enfant qui s’est posé sur eux et qui les a bouleversés ? Un regard bienveillant, sans l’once d’un jugement… quand on sait que Dieu est juste là derrière ce regard, peut-être même dans ce regard, alors on a de quoi être bouleversé. Non, ce n’est pas l’idée que je me faisais de Dieu, se disait le berger. Je découvre tout d’un coup qu’il se rend familier de moi, de ma vie quotidienne, de mon cadre de vie, que Dieu parle mon langage. Je découvre qu’il me regarde comme je suis, avec mes limites et mes faiblesses, sans me jauger.

Le berger de l’évangile, c’est nous.

Vous savez, frères et sœurs, c’est si rare dans la vie de tous les jours, que quelqu’un vous regarde avec bienveillance et sans jugement ! Quand nous visitons notre banquier dans l’espoir d’avoir un prêt, nous regarde-t-il avec bienveillance et sans jugement ? C’est notre solvabilité qui lui importe avant tout.

Quand nous rendons visite à un futur employeur pour une embauche, c’est encore un autre regard : sommes-nous compétents ou non pour le poste ?

Et c’est le cas pour la plupart des rencontres, même au sein de la famille, et peut-être même dans l’Eglise, là où théoriquement devraient régner le non jugement et la bienveillance. Alors quand on ressent le regard d’amour gratuit de Dieu sur nous, il y a de quoi être surpris, et profondément touché comme l’ont été les bergers la nuit de Noel.

Tous égaux devant le petit


Devant un petit enfant sans apparence ni éclat, qui plus est dans une étable dont la porte reste ouverte à tout entrant, nous sommes tous égaux. Quel homme, fut-il mendiant, malade ou coupable de forfait, se sentira mal à l’aise devant un tel petit enfant ? Et s’il sait que c’est l’envoyé de Dieu, comment ne percevra-t-il pas l’immense amour miséricordieux de Dieu ? Ce Dieu qui a dit : j’envoie mon fils dans le monde non pas pour juger le monde, mais pour le sauver, c’est-à-dire pour le délivrer du mal.

Comment Jésus s’y prendra-t-il pour nous délivrer du mal ? C’est encore la même idée : en se faisant tout petit et faible : en se dépouillant de tout ce qu’il a, même sa vie, pour nous. Entre la crèche et la croix, un point commun.

La crèche et la croix

Entre la naissance et la mort, le même dépouillement. C’est un peu comme un retour à la case départ.

Le dépouillement de la crèche a une ressemblance avec l’humiliation de la croix, lieu de contraste entre la gloire et la déchéance. Jésus crucifié s’y laisse voir par tout le monde, aussi nu et faible qu’un nouveau-né.

Devant la crèche et la croix, tous sont égaux : à la fois dans le péché et dans la délivrance.

Puisse Noel, comme Pâques, nous faire comprendre de quelle manière nous sommes accueillis par le Dieu d’amour. Un Dieu qui nous regarde avec bienveillance, et avec le désir inlassable de nous rendre libre de tout mal.

Si un jour dans le courant de l’année prochaine, il vous arrive de vous pencher sur le berceau d’un bébé, et qu’il vous regarde attentivement, pensez que Dieu n’est pas loin de vous,

Que c’est peut-être lui qui vous regarde avec les yeux grands ouverts et attentifs qui se posent doucement sur vous.

Amen