dimanche 24 janvier 2010

Pourquoi la souffrance ?




Méditation sur RCF Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, Reims

Vendredi matin 22 janvier 2010

Lecture : Luc 24. 25-27 : les pèlerins d'Emmaüs

« (Jésus) leur dit : que vous êtes stupides ! comme votre cœur est lent à croire tout ce qu’ont dit les prophètes ! Le Christ ne devait-il pas souffrir de la sorte pour entrer dans sa gloire ? Et commençant par Moïse et par tous les Prophètes, il leur fit l’interprétation de ce qui, dans toutes les Ecritures, le concernait. »

Méditation :

Les deux disciples de Jésus rentraient chez eux, déçus et désemparés. Ils ne comprenaient pas que leur maître ait pu souffrir et mourir sur la croix. C’est alors qu’un inconnu les rejoint sur le chemin d’Emmaüs. Après les avoir écouté longuement, il les interpelle vivement : hommes sans intelligence ! que vous êtes lents à croire et à comprendre !

et il se met à leur expliquer le sens des Ecritures pour que la souffrance et la mort de leur maître prenne une signification. Non, le messie qu’ils ont suivi n’a pas souffert en vain, il n’est pas mort en vain. Il fallait qu’il passe par là pour entrer dans sa gloire, c’est à dire pour se faire reconnaître aux yeux du monde comme fils bien aimé de Dieu, et révéler tout l’amour de Dieu pour le monde.

L’homme qui leur expliquait les Ecritures n’était autre que Jésus lui-même, mais il ne s’était pas encore fait reconnaître.

Il s’est appuyé sur un passage d’Esaïe, qui parle d’un serviteur de Dieu, sans péché, et objet de toute la méchanceté des hommes. Je cite : « il était transpercé à cause de nos transgressions, écrasé à cause de nos fautes ; et c’est par ses meurtrissures que nous avons été guéris, dit le prophète » Et ce serviteur souffrant, Dieu l’a relevé. C’est-à-dire rendu vivant aux yeux des hommes, ressuscité.

Question : Cela soulève la question de la souffrance. Quel sens donner à la souffrance aujourd’hui ? Surtout la souffrance des innocents ?

Oui, c’est la terrible question : pourquoi la souffrance des innocents ? pourquoi la mort par milliers ravage-t-elle un peuple déjà meurtri par la pauvreté, les ouragans et les chefs d’Etat corrompus ? Vous avez compris de quel pays je parle. Et plus proche de nous : Quel sens donner à la souffrance d’un enfant ? à la mort d’un être aimé ? Pourquoi ?

Il n’y a pas de réponse à cette question. Quand il s’agit de Jésus Christ, et avec le recul de 20 siècles de christianisme, nous comprenons et nous croyons que cet envoyé de Dieu n’est pas mort en vain. Mais quand il s’agit d’un enfant qui pleure ses parents étouffés sous les décombres de la maison, quelle explication donner ? Dieu n’a pas voulu qu’il souffre. Le séisme ne vient pas de Dieu. Alors pourquoi la souffrance ?

Ne nous laissons pas non plus bercer par des phrases qui ne consolent pas vraiment, et que nous entendons, parfois même dans l’Eglise : la souffrance ici bas n’est pas grand chose à côté des consolations du monde à venir. Non, la souffrance est une réalité aveugle et injustifiable, pour ne pas dire absurde.

Mais il y a une autre réalité qui co-existe avec la souffrance : la présence de Dieu en nous.

Réalité immatérielle, mais réalité tout de même.

Question : Oui, mais cette réalité n’est pas du tout évidente. Comment en rendre compte ?

En effet, ce n’est pas du tout évident. C’est comme si un inconnu marchait à nos côtés, nous emboitait le pas dans notre épreuve. Nous ne savons pas que c’est Jésus Christ. Cette présence de Dieu, cette étincelle divine en chaque homme, est cachée au plus profond de nous. Elle est appelée à s’épanouir. C’est après coup le plus souvent qu’elle se révèle à nous et nous permet de comprendre qui est Dieu pour nous.

Alors on comprend que Dieu est un Dieu qui souffre avec nous. Un Dieu dont le fils bien aimé est mort sur la croix pour nous, et à qui nous pouvons confier nos tourments et préoccupations, car il sait de quoi il s’agit. Quand on lui parle de douleur, de solitude, de sentiment d’abandon, il nous comprend à fond, car il sait ce que c’est pour l’avoir lui-même vécu.

Quel compagnon merveilleux que ce Jésus Christ ! Il nous fait voir le bout du tunnel qui est lumière. Il nous fait traverser l’épreuve par une flamme d’espérance qu’il allume au fond des lieux les plus sombres de notre existence. Dieu ne nous épargne pas le malheur, mais il nous le fait traverser comme le compagnon, l’accompagnateur, le guide le plus merveilleux qui existe sur la terre !

la componction et la joie


Prédication donnée à l’Eglise St André le 24 janvier 2010 dans le cadre de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens.

Lectures bibliques :

Néhémie 8. 1-10

Luc 1. 1-4 et 4.14-21

La lecture publique

Quand arriva la fête du 7ème mois tout le peuple se rassembla comme un seul homme sur la place. On demanda au scribe Esdras d’apporter le livre de la Loi de Moïse. Esdras en fit la lecture depuis le lever du jour jusqu’à 6 h du matin. Les prêtres et les lévites donnaient les explications.

Chers frères et sœurs, je vous donne rendez-vous en Juillet de cette année, place d’Erlon. Tous les Rémois sont invités à entendre la Bible, qui sera lue depuis le lever du jour à 6 h du matin, jusqu’à midi. Tous les prêtres, pasteurs et diacres de la ville en feront la lecture publique, et en donneront les explications. A la fin de la lecture publique, tout le peuple de Reims lèvera les mains et s’écriera d’une seule voix : « AMEN ! »

Un tel projet n’aura sans doute pas le même succès que du temps d’Esdras et Néhémie… mais on a le droit de rêver, non ?

Au temps d’Esdras et Néhémie, en 450 avant Jésus Christ, le peuple est rentré d’exil et le Temple est enfin reconstruit. Vu de loin, on pourrait croire que tout est oublié. Et pourtant le moral n’y est pas. Il y a des disputes entre ceux qui sont restés pendant l’exil et ceux qui en sont revenus. On ne se remet pas non plus d’une invasion, du saccage d’une ville… on en garde des cicatrices pendant plusieurs générations. Et pourtant ils avaient tout : ils avaient la terre, la ville sainte, le Temple… mais il manquait la Parole de Dieu.

Un détail du récit m’a interpellé et c’est à ce sujet que je voudrais dire un mot : les Israelites rassemblés pleuraient en entendant les paroles de la Loi. Pourquoi pleuraient-ils ? « Ne pleurez pas, ne prenez pas le deuil », répétaient les prédicateurs, mais ils pleuraient. Il a fallu qu’ils leur disent : allez, mangez des viandes savoureuses, pour qu’ils cessent de pleurer. Que le champagne coule à flot dirions-nous ici !

La componction

A mon avis, ils pleuraient de componction. De la vraie componction. Il ne s’agit pas ici d’un air triste qu’on se donne, mais d’une douleur aigue que nous ressentons lorsque nous prenons conscience d’une faute commise.

Dans le nouveau testament, le mot componction est utilisé une seule fois dans un passage très significatif, à propos de la foule qui était à Jérusalem le jour de Pentecôte : « après voir entendu ce discours, il eurent le cœur vivement piqué » (Actes 2). En grec le mot pour componction signifie être piqué. Le discours en question est celui de Pierre, qui vient de révéler de la part de Dieu la faute du peuple, celle d’avoir crucifié Jésus.

Cette révélation engendre une vive douleur qui se situe au niveau du cœur. De cette douleur viennent les larmes, qui coulent en tout cas dans le cœur et souvent sur les joues.

Un autre exemple est celui du reniement de Pierre. En entendant chanter le coq, il prit conscience de sa faute et se mit à pleurer. Et les Israelites en entendant les paroles de la Loi, se mirent à pleurer, prenant conscience de l’écart entre leur comportement passé et la Loi de Moïse.

Dans la même ville de Jérusalem, 5 siècles plus tard, Jésus prêche dans une synagogue de Nazareth. Lui aussi fait la lecture de la Loi et les Prophètes. Mais ses auditeurs ne se sont pas mis à pleurer. Ils n’ont ressenti aucune componction. Ils s’interrogeaient seulement sur l’identité de celui qui leur parlait. Et lorsque ce dernier a laissé entendre que le messie qui devait venir se tenait debout devant eux, ils furent scandalisés, le chassèrent et cherchèrent même à le précipiter du haut d’une falaise.

Pourquoi y a-t-il les larmes et la componction à la Pentecôte ou du temps d’Esdras et Néhémie, et pas à Nazareth devant Jésus ?

Autre façon de formuler la question : Qu’est-ce qui nous fait prendre conscience de notre péché ? qu’est-ce qui nous pousse à la repentance.


L’œuvre de l’Esprit Saint

Notre conscience, me direz-vous. Ce gendarme intérieur qui nous dit : là tu as commis une faute. Tu as blessé l’autre, ou tu as transgressé la loi. Notre conscience produit la culpabilité, qui est le premier pas du chemin de la sagesse ou de la réconciliation. Sans conscience, la vie en société serait un enfer insupportable.

Mais notre conscience ne suffit pas à révéler notre péché devant Dieu. Il y a les fautes visibles et les fautes invisibles, enfouies au fond de notre être. La plus invisible est l’orgueil, disent les Pères de l’Eglise. Cette maladie de l’âme qui ne dit pas son nom, et qui est notre inclination à nous passer de Dieu, à nous faire nous même Dieu. C’est le péché originel décrit dans la Genèse.

Qui peut nous faire prendre conscience de notre orgueil ? Il n’y a que l’Esprit Saint qui puisse le faire. La componction ressentie par les Juifs à la Pentecôte était produite par l’Esprit Saint. Il soufflait bien fort à l’époque. A Nazareth, le village de l’enfance de Jésus, l’Esprit Saint n’a pas soufflé. Leur cœur s’est endurci en écoutant Jésus annoncer la bonne nouvelle du Royaume de Dieu. Mais au temps d’Esdras et de Néhémie, l’Esprit Saint a du souffler bien fort sur tous les Israelites rassemblés, pour qu’ils se mettent à pleurer de tout leur soul. Ils ont pris conscience qu’ils s’étaient éloignés de Dieu, et tous en cœur, ils se sont écriés « Amen ».

La repentance, une bonne nouvelle

L’appel à la repentance est aussi un appel à se réjouir. Les mots componction, repentance, péché ont une connotation un peu rabat-joie de nos jours. Et pourtant, je vous annonce que la repentance est une bonne nouvelle. Pourquoi ? parce qu’ elle nous révèle, en même temps que notre péché, l’infini amour de Dieu.

Dans la nuit du reniement, Jésus a regardé Pierre. Ce n’était pas un regard de reproche, mais de compassion. Pierre l’a compris dans le regard de Jésus, et il a pleuré.

C’est dans la découverte de l’amour infini du Christ, que Pierre a mesuré l’énormité de son reniement. C’est lorsque Dieu s’approche de nous dans sa grandeur que nous mesurons notre petitesse. Ou qu’il s’approche de nous dans sa bonté, que nous mesurons nos limites humaines. Plus l’amour de Dieu nous apparaît grand et plus notre péché nous apparaît grand, et plus profonde est notre conversion.

Plus profonde et plus durable aussi est notre joie. Cette joie à laquelle aboutit immanquablement le chemin de conversion, et qui surgit sans que nous puissions la commander, et dont la source est certaine : la joie est un fruit de l’Esprit Saint.

Si vous venez fin Juillet à mon rendez-vous de lecture publique pour tous les Rémois, prenez avec vous un panier avec des mets gras et succulents, je fournirai le Champagne, et nous ferons une grande fête à partir de midi.


En attendant, prions pour que l’Esprit Saint soit au rendez-vous !

Amen

lundi 18 janvier 2010

Soyez toujours joyeux !









Prédication donnée à Reims le 17 janvier 2009

Esaïe 43.1-4

Jean 2, 1-12

I Thessaloniciens 5, 16-18

Un miracle à Cana

C’est dans un petit village de Galilée au cours d’un repas de noces, que Jésus accomplit son 1er miracle. Les jeunes mariés sont des amis proches de sa mère Marie. La fête bat son plein. Mais voilà que le vin vient à manquer.

Marie s’en aperçoit et le signale à Jésus, en espérant qu’il allait faire quelque chose. Ce dernier, qui avait très bien compris l’allusion de sa mère, la rabroue un peu vivement, mais finit par intervenir.

L’eau des jarres de pierre est alors changée en vin, un vin qui s’avère excellent, du Château Laffitte ou Château Saint Julien, cru classé. N’allez pas croire que cela pouvait être du champagne… qui n’avait pas encore été inventé.

Ainsi la noce pouvait –elle reprendre de plus belle, trouver un second souffle.

Nous pourrions nous arrêter là et retenir de cette histoire le côté miraculeux, prodigieux, surnaturel de l’intervention de Jésus. Mais nous passerions à côté de la pointe du récit. La pointe n’est pas unique d’ailleurs, elle est comme la pointe d’un diamant, avec plusieurs facettes.

Trois facettes retiendront notre attention : la plénitude, la surabondance, la joie.

La plénitude transformante

L’interprétation classique des noces de Cana consiste à opposer l’ancienne alliance, symbolisée par les 6 jarres d’eau servant à la purification des Juifs, et la nouvelle alliance instaurée par Jésus Christ symbolisée par le vin de la coupe de communion.

Le miracle de Cana a donc une signification (c’est pourquoi Jean l’appelle un signe) : L’épisode de Cana nous fait entrer dans l’alliance en Jésus Christ. L’eau transformée en vin, c’est l’alliance fondée sur la Loi qui est transformée en alliance fondée sur la grâce.

Pour conforter cette idée, les exégètes font remarquer que le nombre de jarres a aussi une signification : le chiffre 6 étant celui qui précède le chiffre de la plénitude : sept. Il y a quelque chose d’imparfait, d’insuffisant dans le régime de la loi de Moïse. Il y a un manque. Le nouveau régime selon Jésus est caractérisé au contraire par la plénitude.

Remarquons aussi que Jésus demande de remplir les jarres jusqu’à rabord avec de l’eau, avant d’en faire du vin. Il y a un double mouvement : plénitude et changement ; remplissage et transformation.

Jésus n’est pas venu pour prolonger l’ancienne alliance, ni même pour en réparer les défauts, mais pour la renouveler profondément.

Il ne s’agit pas non plus d’un remplacement, comme on jette une vieille machine à laver pour la remplacer par une nouvelle. Je ne suis pas venu pour abolir la loi, a déclaré Jésus, mais pour l’accomplir. Il s’agit d’un accomplissement qui transforme, d’une plénitude transformante. Voilà pour la première facette du diamant.

La surabondance du don

Voyons maintenant l’aspect quantitatif. Les jarres destinées à la purification contenaient environ 100 litres d’eau chacune. Plus que la plénitude, c’est la surabondance. 600 litres d’excellent vin pour une fin de repas de noces, c’est bien plus qu’il n’en faut ! La grâce de Dieu, ça coule et ça déborde de partout, pour parler trivialement.

Le régime de la grâce inauguré par Jésus Christ est caractérisé par la surabondance du don de Dieu. Un don qui n’a pas de limite.

Le don des hommes a toujours des limites. L’effort de solidarité en faveur de Haïti dévasté par le tremblement de terre est louable, mais il est nécessairement limité dans le temps et en quantité. Et ce don est aussi limité par nature : les dons en argent et en vivres sont utiles, mais il faudrait donner du temps, encourager, former sur le long terme….

Il faut bien se rendre à l’évidence que le don venant des hommes est limité, bien que nécessaire et indispensable. Le don venant de Dieu, qui est d’une autre nature, qui est de l’ordre à la fois du pardon et de l’amour sans condition, ne connaît pas de limite. A la finitude de tout ce qui vient de l’homme correspond l’infinitude de ce qui vient de Dieu.

La joie qui surgit

Le diamant de notre histoire comporte encore une autre facette : la joie.

On pourrait se demander pourquoi le maître de cérémonie insiste autant sur le fait que le vin nouveau est meilleur que le vin du début ? « le maitre de cérémonie appelle le marié et lui dit : tout homme sert d’abord le bon vin, puis, quand les gens sont ivres, le moins bon ; toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à présent. »

L’attention du lecteur est portée non pas sur le changement de l’eau en vin, mais sur le passage du vin ordinaire au vin excellent. Sachant qu’entre les deux, il y a un manque, ou plus précisément la peur du manque. La peur de voir les noces se transformer en fiasco parce que le vin vient à manquer. Qu’est ce qui fait qu’un banquet de noces est réussi ? c’est la joie des convives. Le vin vient à manquer, c’est la joie qui retombe et disparaît.

On imagine les exclamations des convives quand ils goutèrent le vin nouveau, les chants et les danses qui reprennent, les rires qui éclatent et les sourires qui se lisent à nouveau sur tous les visages.

Le manque, le deuil, la perspective de la mort…. Tout cela nous procure de la tristesse, mais l’Evangile de ce matin nous parle au contraire d’un vin nouveau, d’une joie nouvelle qui est meilleure que le bonheur que nous cherchons par nos propres moyens à construire.

La tristesse, une maladie de l’âme

A propos de tristesse - je ne parle pas de la tristesse momentanée, mais de la tristesse qui s’installe, qui dure comme une déprime, une sinistrose, il est intéressant de noter que les Pères de l’Eglise la considèrent comme une maladie de l’âme. Les Pères orientaux des premiers siècles ont toujours considéré la joie comme un don de Dieu, et la tristesse comme un mal intérieur profond dont il faut guérir.

Et qui est le médecin des âmes par excellence ? Le Dieu de Jésus Christ affirment-ils avec force.

Quand je marche dans la vallée de l’ombre de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi. Nous dit le Psalmiste. Face à mes adversaires, tu dresses devant moi une table.

Dans la perspective des Pères de l’Eglise, les adversaires désignent les ennemis intérieurs, la peur, l’angoisse, la culpabilité ou la colère, autant de choses qui nous rongent.

En France la consommation d’anti-dépresseurs et d’anxiolytiques ne cesse de croître. La crise économique et sociale n’a sans doute pas amélioré les choses. Au milieu de la sinistrose générale, la joie est là, prête à se manifester.

Soyez toujours joyeux !

C’est d’ailleurs un commandement de Paul quand il dit « soyez toujours joyeux ! » Il s’adresse aux Thessaloniciens, qui avaient bien des raisons d’être inquiets ou tristes, à cause des moqueries et des persécutions dont ils étaient l’objet. Que leur commande-t-il ? Soyez toujours joyeux !

Mais comment peut-on décider d’être joyeux ? Curieux commandement !

N’y a-t-il pas un peu d’audace à oser proclamer « soyez toujours joyeux », alors que tant de guerres meurtrières endeuillent tous les jours notre planète, que les populations les plus pauvres de la planète subissent ouragans et tremblement de terre, que le terrorisme fleurit ici ou là, que les durent lois économiques condamnent tant de nos contemporains sous toutes les latitudes à une vie misérable ?… soyons clairs, la situation mondiale n’était pas plus glorieuse du temps de Paul.

Mais quand Paul parle de joie, il ne s’agit pas d’une gaieté superficielle, ou d’un optimisme béat, il s’agit de la joie profonde de l’assemblée croyante ; joie d’accueillir la bonne Nouvelle de la Parole de Dieu, joie de lire dans nos vies les signes de l’Esprit ; joie d’une vie fraternelle.

Se sentir aimé de Dieu

Et surtout, joie de se sentir aimés de Dieu. Les lignes du prophète Esaïe sont portées par un souffle inimitable : « n’aie pas peur dit l’Eternel, car je t’ai appelé par ton nom : tu es à moi. Si tu traverses les eaux je serai avec toi… du fait que tu as du prix à mes yeux, du fait que tu es glorifié et que je t’aime. »

Dans mon quartier habite une dame âgée que je croise souvent dans la rue. J’ai toujours été frappé par son sourire. Elle ne se plaint jamais et déborde toujours de joie. Vendredi dernier, sachant que j’avais à prêcher sur le thème de la joie, je lui ai demandé : dites moi madame, la joie cela évoque quoi pour vous ?

Elle me répond : c’est un don de Dieu. Je l’ai reçu à une époque où je n’allais pas bien du tout, où je culpabilisais par rapport à mes enfants (je ne rentre pas dans les détails) et je me sentais bien seule. Un jour je suis tombée sur ce passage d’Esaïe : « Tu as du prix à mes yeux et je t’aime. » Alors quelque chose a changé en moi. Si j’ai du prix aux yeux de Dieu, c’est plus important que tout le reste. J’ai retrouvé la joie dans la vie, et elle ne m’a plus jamais quittée.

Même quand il vous arrive des malheurs dans la vie ? ai-je demandé. Oui, la joie de Dieu m’aide à traverser les épreuves de la vie. Dieu donne la joie même quand cela ne va pas.

Il y a une différence entre bonheur et joie ; à la différence du bonheur, la joie n’est pas égoïste. La joie que Dieu me donne, elle n’est pas que pour moi, mais pour ceux qui m’entourent. Elle est contagieuse comme le virus de la grippe A.

Autre différence : on peut construire son bonheur, comme on construit un foyer, mais qui peut construire sa joie ? qui peut la commander ? La joie est un sentiment profond, inattendu, qui jaillit sans qu’on puisse le contrôler. D’où l’expression courante « éclater de joie ». Un évènement qui surgit en nous-même mais qui nous vient d’ailleurs, et dont la portée nous dépasse.

Comme le vin excellent qui surgit au milieu de la fête, de façon inattendue, sans que l’on sache comment il est arrivé. Seuls Marie et les serviteurs proches de Jésus savaient.

Dans le livre « la cité de la joie », Lapierre et Collins s’étonnent de voir tant de joie dans les bidonvilles de Calcutta. D’où vient elle ? cela reste un peu un mystère.

La pointe du diamant

La plénitude transformante, la surabondance du don, la joie surgissante, les trois facettes de notre diamant ne forment qu’une pointe. Et cette pointe, quelle est-elle ? c’est la personne de Jésus Christ. Jésus est esprit. Par son esprit il nous remplit et nous transforme ; il est don surabondant ; il fait surgir en nous la joie.


Au cours des noces de Cana quand la fête s’essouffle, un certain Jésus, discrètement, redonne un nouveau souffle. Quand la vie devient lourde et que notre coupe devient amère, un certain Jésus, discrètement, remplit notre coupe d’un vin délicieux.

Un vin qui est meilleur que tout ce que nous avons pu goûter auparavant,

Un vin qui a l’avant- goût de la vie éternelle,

Et qui nous laisse entrevoir ce que sera,

un jour, la joie d’être en communion totale avec le Dieu de Jésus Christ.

Amen