jeudi 20 mai 2010

Attendre le Saint Esprit ou le retour du Christ ?



Prédication donnée à Reims le 16 mai 2010

Lectures bibliques : Jean 14. 15-19 et Matthieu 24. 29-36

Il y a attente et attente

Les deux textes que nous avons entendus nous parlent d’attente. Celui de Jean nous dit d’attendre la venue de l’Esprit Saint. Celui de Matthieu, d’attendre le retour de Jésus Christ à la fin des temps. Dans les deux cas il s’agit d’une attente.

Dans le premier texte, Jésus dit à ses disciples : « je demanderai au Père de vous donner un autre défenseur pour qu’il soit avec vous pour toujours »

Ce défenseur s’appelle l’Esprit Saint, qui viendra effectivement le jour de la Pentecôte sous forme de langues de feu. Elles se sont posées chacune sur la tête des disciples, qui ont commencé à annoncer la bonne nouvelle de Jésus Christ à tous ceux qui les entouraient à Jérusalem.

Entre l’Ascension et la Pentecôte, les disciples sont dans l’attente. Ils sont en état de manque, car leur maître les a quittés. Ils sont orphelins de Jésus. « je ne vous laisserai pas orphelins ; je viens à vous leur avait-il promis. » Mais depuis la Pentecôte, et depuis notre baptême, nous savons que nous ne sommes pas orphelins, ni de Jésus Christ, ni de Dieu.

Notre soeur Flavie qui a été baptisée ce matin en a témoigné par son geste et par ses paroles. Dieu est là par l’Esprit.

Le 2ème texte , celui de Matthieu, parle d’une autre attente, d’une autre venue, celle de Jésus Christ à la fin des temps.

Juste avant la fin : la nuit

Que va-t-il se passer à la fin des temps ? Voilà qui nous laisse perplexes. Cette histoire de fin des temps soulève toutes sortes de questions plus ou moins oiseuses et sans réponse. Les savants nous disent que la vie sur terre connaîtra une fin certaine, dans quelques milliards d’années, par l’explosion du soleil. Mais il est fort probable que l’humanité se sera auto-détruite entre temps, ou se sera en partie transportée par fusée ultra-rapide dans d’autres systèmes solaires. Nous sommes dans la pure fiction, la pure élucubration.

La Bible, qui n’a aucune prétention scientifique, nous annonce une fin du monde caractérisée par des signes avant-coureurs : le soleil s’obscurcira, la lune ne donnera plus sa lumière, les étoiles tomberont du ciel. Ce sont de signes cosmiques qui ont une signification spirituelle : nous serons dans la nuit. Et c’est au plus profond de notre obscurité que Jésus Christ surgira. Jésus Christ qui est lumière viendra du milieu de la nuit pour rétablir une lumière éternelle sur toute chose.

Cela signifie en clair que la nuit n’aura pas le dernier mot.

Inutile de s'agiter

Ne cherchez pas à savoir quand cela se produira… personne ne le sait, pas même Jésus ! Ne prêtez aucune attention aux faux prophètes et autres Nostradamus Charlatanus qui proclament périodiquement la fin du monde. Mais retenez deux choses :

- nous attendons le retour de Jésus Christ

- nous ne savons pas quand il viendra.

Il est donc inutile de s’agiter. C’est ce que nous dit la parabole du figuier.

Observez le figuier : dès que ses branches deviennent tendres et que les feuilles poussent, vous savez que l’été est proche. Autrement dit, tant que vous ne voyez pas ces signes, n’allez pas imaginer que le printemps arrive. Ne rêvez pas. Pas d’agitation avant que n’apparaissent les signes irrécusables de la fin.

Dans la tradition juive, le figuier symbolise les Ecritures Saintes. Pour comprendre les signes des temps et ce que Dieu prépare pour le monde, il ne faut pas trop se fier à tout ce que prédisent les soit-disant savants – d’ailleurs un vrai savant, un vrai scientifique n’a pas la prétention de prédire l’avenir – mais il est préférable de s’imprégner de la Parole de Dieu.


Et la Parole de Dieu nous dit en l’occurrence : soyez dans l’attente du retour du Christ, mais ne vous agitez pas en vain.

Agir et rester veilleur

Restez vigilants comme le guetteur qui attend le retour du roi. Restez éveillés et pleins d’espérance comme la femme du pêcheur qui attend le retour de son mari parti en mer.

Scrutez l’horizon comme le Père qui attend le retour du fils prodigue.

L’attente du retour du Christ ne doit en rien nous inquiéter, ou changer nos modes de vie, il doit seulement inscrire au fond de notre cœur une espérance paisible… l’antidote de la peur quand tout semble se dégrader autour de nous, l’antidote de la sinistrose quand on nous annonce un plan de rigueur et le gel de toutes les dépenses de l’Etat, l’antidote de la désespérance quand l’avenir semble bouché.

Ce qui n’empêche pas d’agir de manière utile, comme Luther à qui on a demandé : que ferez-vous, maître, si vous saviez qu’aujourd’hui est votre dernier jour ? « j’irai planter un pommier » a-t-il tranquillement répondu.

Chaque jour : s'attendre à l'inattendu

L’attente du retour du Christ est un état d’esprit difficile à décrire. C’est un peu comme si un beau matin, au lever du jour, une petite voix intérieure nous disait : « aujourd’hui, tu auras une bonne surprise. Une rencontre peut-être, un sourire, un signe dont tu te souviendras plus tard, et qui sera une petite pierre blanche sur ton chemin ».

Alors notre cœur et notre esprit est tout le jour dans l’attente de l’inattendu. A tout moment la porte peut s’ouvrir, et l’imprévisible arriver. Comme dans les récits de Pâques où le ressuscité surgit par surprise. N’importe quand. N’importe où. Ou bien dans le récit de la Pentecôte avec ses petites flammes insaisissables de l’Esprit de Dieu, Nous ne les saisissons pas, c’est elles nous saisissent.

Alors chaque instant de notre vie quotidienne prend une valeur nouvelle. Parce qu’à chaque instant l’Esprit de Dieu peut surgir et nous faire signe. Derrière chaque rencontre. Dans le sourire d’un bonheur ou la blessure d’un échec. Le Dieu qui s’en va est aussi le Dieu qui vient. Toujours à-venir. Toujours autre que ce que nous pensions. Chaque instant – l’instant même que nous vivons ici, peut devenir l’instant de cette rencontre.

L’attente de la Pentecôte ou l’attente du retour du Christ ont finalement la même couleur : elle est synonyme de disponibilité, d’espérance et d’ouverture à la fois.

Aucune situation n’est sans issue, contrairement à ce que pensent ceux qui veulent mettre fin à leur jour. La vie peut ressurgir, quand bien même elle serait en débris.

Même si l’obscurité s’étend sur le monde, nous espérons la lumière du Christ.

Car la nuit n’aura pas le dernier mot.

Amen

dimanche 16 mai 2010

Souffle sur ces os







Prédication donnée à Reims le 2 mai 2010. Puis à Chalons le 9 mai

Lecture biblique : Ezechiel 37. 1-12

Comprendre ce texte difficile

Le texte que nous avons entendu a de quoi nous donner des frissons dans le dos.
Le prophète déambule au milieu des ossements desséchés, qui s’entassent , innombrables, dans la plaine dévastée.
Les mots hébreux utilisés au v.2 suggèrent que le prophète doit littéralement escalader les ossements entassés pour se frayer un chemin.
Le lecteur est emporté avec le prophète dans sa marche, comme dans les vidéos en 3D, afin de vivre une scène digne des films d’épouvante.
Lorsque sur ordre de Dieu Ezéchiel prophétise sur ces ossements, nous assistons avec force bruitages et effets spéciaux, à la reconstitution par étapes d’êtres vivants.

Mettons à part l’aspect un peu macabre de cette vision, et demandons-nous quelle signification elle peut bien avoir. Quel sens lui donner aujourd’hui ?

Le contexte de l’exil

Examinons d’abord le contexte historique : quand Ezéchiel a eu cette vision, le peuple était en exil à Babylone. Le prophète lui-même était au milieu du peuple ; il regardait alentour et il voyait des hommes et des femmes au cœur desséché, ayant perdu tout espoir de revenir au pays. La plaine dévastée, ce sont ses contemporains. Les os, c’est leur âme, leur être intérieur, qui s’est endurci, qui a desséché, et a perdu toute vitalité. Le ressort est brisé, dirions-nous aujourd’hui.

Alors Dieu inspire le prophète pour qu’il proclame une extraordinaire bonne nouvelle : le peuple retournera au pays, il rebâtira le Temple et Dieu sera au milieu d’eux. En un mot, ils revivront. Cette vision est d’abord pour le peuple d’Israël, meurtri et abattu par 50 ans d’exil.

La mort n’aura pas le dernier mot

Mais ce texte n’est pas pour le peuple seulement, il est pour toute l’humanité. Les Pères de l’Eglise y ont vu l’annonce de la résurrection des morts à la fin des temps. Au son de la dernière trompette, tous les morts sortiront de leurs tombeaux et se rassembleront, innombrables, autour du Dieu vivant. Cette interprétation a du bon, car elle nous remplit d’espérance. La mort n’aura pas le dernier mot dans l’histoire de l’humanité.

Le rôle de prophète

Mais si nous regardons le texte de plus près, nous pouvons y trouver une autre interprétation, qui part de la question : quel est le rôle du prophète ? Comment Dieu agit-il à travers le prophète ?
Dans ce texte, il est clair que le prophète a un rôle déterminant. Son intervention se déroule en deux étapes : l’observation et l’action.

Observer en étant dedans

Tout d’abord il regarde en déambulant parmi les ossements desséchés - entendez, au milieu de ses contemporains au cœur desséché. Il marche, il regarde, il observe longuement ces êtres sans vie.
L’image habituelle qu’on a du prophète, c’est un homme qui monte sur une hauteur, ne serait-ce qu’un escabeau, et proclame à la foule qui l’entoure une parole forte venant de Dieu. Mais c’est d’abord un homme qui regarde la misère du monde, qui déambule parmi les exclus, les malades, les sans papiers, les sans abris. Mais aussi parmi ceux qui n’ont plus d’espérance, qui ne sont pas nécessairement les plus pauvres d’ailleurs. Le prophète d’aujourd’hui observe la sécheresse spirituelle de la plupart de nos contemporains, surtout dans les pays dits développés. Et il en est frappé, obsédé, tourmenté.
Et face à cette sécheresse, l’homme-prophète avoue son impuissance, comme Ezéchiel à qui Dieu demande : « fils d’homme, ces ossements revivront-ils ? « et lui de répondre « Toi, mon Dieu, tu le sais. »

Voilà donc une première caractéristique de l’homme-prophète : il regarde impuissant la vie se retirer de l’âme de ses contemporains. Il ne se retire pas du monde en l’observant de loin, il en fait partie, il est en plein dedans. Et il est peut-être un des rares observateurs à « voir » ce qui se passe (« voir » entre guillemets), à en être profondément touché et tourmenté.

Parler aux ossements

La 2ème étape, c’est la proclamation. « parle aux ossements » lui ordonne le Seigneur. Parle à tes contemporains, même s’ils ne sont pas en état d’entendre.
Avez-vous vu des ossements qui entendent ?
Le prophète ne fait pas du marketing, il ne va pas faire un tri entre ses interlocuteurs pour ne s’adresser qu’à ceux qui sont susceptibles de l’entendre et le comprendre. Il ne fait pas le tri entre les croyants et les incroyants. Il s’adresse à tous, cœur de pierre et cœur de chair, indifféremment. Et c’est le souffle de Dieu qui passera à travers lui, le tri se fera tout seul si je puis dire, mystérieusement.
Ce souffle n’est autre que l’Esprit Saint, qui a seul la capacité de mettre la vie là où il y a la mort, l’espérance là où il y a le désespoir, le désir de Dieu là où il y a l’autosuffisance.

La collaboration entre l’homme et Dieu

« Viens des quatre vents, dit le prophète, viens, Esprit, souffle sur ces morts, et qu’ils vivent ! »
Il y a comme une synergie, une coopération, entre Dieu et le prophète, une répartition des rôles : Dieu n’agit plus seul comme il l’avait fait au temps de la Génèse pour créer Adam à partir de la poussière, en le modelant et lui insufflant la vie en soufflant dans ses narines, Dieu agit par l’intermédiaire des hommes.

Tous prophètes ?

Ces hommes, c’est qui ? c’est vous, c’est moi. Le rôle de prophète n’est pas réservé à quelques héros-martyrs comme Bonhoeffer ou Martin Luther King. Il concerne tous les témoins qui veulent bien partager leur foi. Du ministère de prophète au ministère de témoins dans l’Eglise, n’ya-t-il pas continuité ?
Certes, nous ne sommes pas tous « appelés » à être prophètes dans l’Eglise, mais nous avons tous quelque chose à partager avec ceux que nous fréquentons : ne serait-ce que notre confiance en Dieu.
Face à celui qui désespère, n’avons-nous pas, de la part de Dieu, une parole d’espérance à prononcer ? face à l’affligé, une parole de consolation ? Face à celui qui se sent aimé de personne, n’avons-nous pas à lui dire : « il y en a un là haut qui te connaît par ton nom et te veut du bien » - comme nous l’avons entendu tout à l’heure pour la petite Agathe qui a reçu le baptême ?
Au fond, c’est cela aussi être prophète, ne pas garder pour soi le trésor que Dieu nous a confié. Oser le partager en Eglise avec nos frères et sœurs dans la foi, oser aussi le partager avec les collègues de travail, ce qui est déjà plus difficile, je sais. Avec les voisins, amis et membres de la famille.

Prophètes impuissants

Et nous le faisons tout en nous reconnaissant impuissants. Combien pèsent nos arguments pour convaincre ? Devant celui qui vient de perdre un être cher, que peuvent bien faire nos paroles de consolation ?
Oui, comme Ezechiel, nous nous savons impuissants à produire par nous-mêmes l’espérance, la paix et la consolation désirée.

Pourtant Dieu compte sur nous. C’est avec nous, les baptisés, les témoins au jour le jour,
qui déambulons quotidiennement dans la vallée desséchée,
c’est avec nous que Dieu soufflera sur les braises de la vie,
et produira l’espérance, la paix et la consolation,
dont le monde a tant besoin.

Amen

mercredi 14 avril 2010

Le ministère diaconal

Lecture : Actes 6. 1-6


Méditation

Les douze apôtres étaient débordés par les tâches à accomplir, ils ne pouvaient à la fois s’occuper de l’annonce de la bonne nouvelle, de la prière, du service liturgique et du soutien dû aux plus démunis, en particulier les veuves. C’est pourquoi ils choisirent sept diacres à qui ils confièrent le soutien aux veuves et le service liturgique, en particulier le service des tables. Ainsi est né le ministère diaconal. En grec diakonos veut dire serviteur. C’est intéressant de voir que la diaconie et le service des tables sont étroitement associés. Le service des tables correspond à l’eucharistie aujourd’hui, (que les protestants appellent la cène).

A l’époque des premières communautés chrétiennes, il s’agissait de véritables agapes fraternelles. Tout le monde venait manger autour de la table, les riches et les pauvres, les hébraïsants et les hellénisants. Cette cohabitation autour d’une même table avait quelque chose de révolutionnaire : car jamais ces différentes catégories de personnes n’avaient l’habitude de partager ensemble le repas. Cela s’appelle la commensalité. C’est une expérience marquante pour tout le monde que de partager la même table avec un autre qui est différent. Jésus était critiqué pour avoir mangé avec les gens de mauvaise vie.

Il y a donc un lien très étroit entre le partage du pain et du vin de la cène et la diaconie, en ce sens que les riches se rendent proches des pauvres, les français des étrangers, les personnes éduquées de celles qui n’ont aucune éducation.

Cette proximité n’est possible que grâce à l’appel du Christ de partager le pain et le vin en mémoire de sa mort et de sa résurrection. Jesus est mort et ressuscité, pas seulement pour que chacun soit sauvé, mais aussi pour que tout ce qui fait obstacle à la réconciliation entre les hommes soit un jour levé.

Quand un membre d’Eglise s’engage dans la diaconie, il se rend proche de l’autre qui est différent. Il ne s’agit pas seulement de donner un peu d’argent à une association caritative, ou des vêtements à une braderie, il s’agit de rentrer en relation avec l’étranger, avec le sdf, avec le blessé de la vie.

Entrer en relation comme doivent le faire des frères en Christ, avec un esprit de bienveillance et de réciprocité dans le partage. Il s’agit de regarder l’autre comme l’a fait Jésus quand il allait chez les hommes et les femmes de toutes conditions, y compris les plus exclus et les plus méprisés de la ville : les regarder avec bienveillance et simplicité de cœur. Car mon prochain est lui aussi enfant béni du Père.

Prière

Seigneur tu vois combien la tâche est immense pour le ministère de diaconie à laquelle tu appelles ton Eglise. Que de misère autour de nous ! L’Eglise n’est heureusement pas la seule à combattre les fléaux sociaux, mais comment prêcher l’Evangile et ne pas venir au secours de notre frère qui meurt de faim à notre porte ? Seigneur, veuille susciter des artisans de justice et de paix dans le monde, et que ton Eglise ne cesse de donner l’exemple. Que notre façon d’agir soit sans cesse modelée sur celle de Jésus Christ, qui n’a pas épargné son temps ni sa personne pour soulager, guérir, encourager et consoler.

Si le ministère diaconal est parfois lourd à assumer, tant les souffrances sont grandes, nous savons que toi, Seigneur, tu est à nos côtés pour porter le fardeau. Nous pouvons même te remettre ce fardeau dans la prière, car tu as dit : venez à moi, vous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai le repos.

Accorde-nous Seigneur à la fois le zèle de l’Evangile et l’élan de la visite, la joie de te louer et le souci de servir, l’ardeur de la prière et la disponibilité pour agir dans le monde.

Amen

Le ministère de prophète



Lecture : Ezechiel 2 . 1- 10 et 3. 1-3


Méditation

Ezechiel n’a pas choisi d’être prophète. C’est Dieu qui l’a choisi pour être prophète c’est-à-dire pour parler aux hommes de la part de Dieu. Mais ce que Dieu avait à dire à son peuple n’était pas des paroles à l’eau de rose, c’était des réprimandes et des menaces, des paroles dures à entendre, dures à mettre en pratique.

Ainsi le prophète est celui qui transmet une parole de Dieu aux hommes, même si cette parole est dure à entendre. Au temps d’Ezechiel, le peuple avait oublié l’alliance avec Dieu et adorait les idoles de pierre et de bois. Ils avaient besoin d’un électrochoc pour se ressaisir, et revenir au Dieu de l’alliance. Ezechiel était le canal de l’électrochoc divin.

Cette image du prophète semble être d’un autre temps, totalement hors de propos aujourd’hui. Aujourd’hui, celui qui parle au nom de Dieu ne risque pas la persécution, en tout cas dans notre société occidentale, mais il risque d’être tourné en dérision, pris pour un illuminé, ou accueilli par un haussement d’épaule. Etre prophète n’est pas une sinécure, surtout quand les interlocuteurs sont fermés à toute parole venant de Dieu. Or notre société n’est-elle pas dans cette situation ?

Etre prophète, ce n’est pas un choix personnel, c’est un choix de Dieu. Dieu a planté une parole au fond de notre cœur qui nous brûle, et que nous ne pouvons plus contenir. C’est comme le rouleau que le prophète Ezechiel a du avaler : la parole de Dieu habite en lui, il la rumine et la ressasse, elle lui brûle les entrailles.

Nous ne sommes pas tous appelés à être prophètes dans l’Eglise, mais nous avons tous quelque chose à partager avec ceux que nous fréquentons : ne serait-ce que notre confiance en Dieu.

Face à celui qui désespère, n’avons-nous pas, de la part de Dieu, une parole d’espérance à partager ?

Face à celui qui souffre de solitude, n’avons-nous pas à dire la présence et la fidélité de Dieu ?

Face à celui qui se sent aimé de personne, n’avons-nous pas à lui dire : il y en a un là haut qui te connaît par ton nom et te veut du bien ?

Au fond, c’est cela aussi être prophète : ne pas garder pour soi le trésor que Dieu nous a confié. Oser le partager en Eglise avec nos frères et sœurs dans la foi, oser aussi le partager avec les collègues de travail, les voisins, les amis et la famille, au quotidien.

Prière :

Seigneur, tu vois ma timidité devant les hommes, mon embarras à parler de toi. Pourtant tu veux faire de moi un témoin, peut-être même un prophète. Mais comment pourrai-je dire l’Evangile à celui qui ne veut pas l’entendre ? comment oserai-je dévoiler ce qui m’est personnel sans embarrasser l’autre qui m’écoute ? comment dire la foi avec les mots d’aujourd’hui, plutôt qu’avec le jargon d’Eglise ?

Seigneur, tu nous a dit : vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde.

Tu attends de nous que nous soyons les reflets de ta lumière dans le monde. Aide-nous à répondre à tes attentes, Accorde-nous par ton Esprit la force et l’audace de témoigner de tes bienfaits, de proclamer la bonne nouvelle de Jésus Christ, de transmettre les paroles qui nous brûlent le cœur, jusqu’à ce qu’elles soient partagées avec ceux que tu places sur notre chemin.

Merci Seigneur pour les témoins et les prophètes qui se sont succédés depuis des siècles et des siècles pour nous transmettre ta Parole, et nous rapporter par la Bible les traces de ton intervention dans l’histoire des hommes. Loué sois-tu pour tous ceux qui nous ont partagé leur foi, et aussi leur doute, car ils nous ont aidé à mieux te connaître, et cheminer dans la foi.

Sans témoin, sans prophète, nous ne serions pas là pour te prier aujourd’hui. Que serait aujourd’hui l’Eglise sans eux ? Suscite encore des vocations pour ton Eglise, Seigneur, des prêtres, des diacres, des prédicateurs, des pasteurs et des prophètes de toutes sortes, pour qu’avance ton Royaume de paix et d’amour sur cette terre qui en a tant besoin.

Amen

samedi 3 avril 2010

Tu m’a rejoins dans mon tombeau, et tu as changé mes lamentations en danse











Prédication de Pâques à Epernay le 4 avril 2010

Lecture biblique : Marc 16, 1-8

Trois tableaux

Nous pourrions décrire ce qui s’est passé le dimanche de Pâques à l’aide de trois tableaux. Celui qui les a peints s’était posté à 20 mètres environ du tombeau, dans le jardin de Joseph d’Arimathée. Il faisait encore nuit sous le ciel étoilé. A sa droite apparaît une allée bordée d’oliviers et d’arbousiers. A sa gauche le vallon étroit et sombre s’ouvre sur la ville de Jérusalem endormie. Le peintre a installé son chevalet et pris ses pinceaux.

1er tableau : l’entrée du tableau ressemble à une grotte creusée dans le rocher, mais elle est fermée par une grosse et lourde pierre ronde. Tout est silence et obscurité.

Une lumière jaune vif entoure la pierre, comme un liseré brillant, révélant que l’intérieur de la tombe est vivement illuminé.

2ème tableau : L’aurore s’est levée dans le jardin. Tiens, la pierre a été roulée sur le côté. A cette distance il est difficile de distinguer ce qu’il y a à l’intérieur. Voici trois silhouettes de femmes qui s’avancent dans l’allée à droite en direction du tombeau. Elles ont le visage baissé.

3ème tableau : il fait jour. L’entrée du tombeau n’a pas changé d’aspect, mais les trois femmes retournent en courant sur leurs pas.

Le peintre, témoin oculaire de cette scène étrange, n’a pas laissé de trace de ses observations.

Et les femmes ? celles qui ont vu et entendu des choses surprenantes, qu’ont-elles fait ? pendant un temps, elles n’ont rien raconté à personne, tellement elles étaient troublées, mais en définitive, elles ont bien tout raconté aux disciples.

L’évangile de Marc que vous avez entendu se termine, dans sa version courte, de façon abrupte, mais dans sa version longue, plus tardive dans sa rédaction, il reprend les témoignages des autres évangiles.

Il n’y a pas de doute, Jésus est bien apparu aux disciples en Galilée comme il l’avait promis. Thomas l’incrédule, a bien fini par se rendre à l’évidence que Jésus était là, en chair et en os devant lui, et il a cru.

Mais l’Evangile de Marc est particulièrement sobre pour décrire l’événement qui est à l’origine de la foi chrétienne.

Il est étonnant que ce qui fonde notre foi soit si ténu, si mystérieux. Car si on y regarde de plus près, on s’aperçoit qu’il n’y a pas dans les Evangiles d’explication au triomphe de Pâques, nous n’avons aucun récit dans aucun évangile relatant la manière par laquelle Jésus est passé de la mort à la vie.

Il s’est passé quelque chose, c’est certain. La résurrection n’est pas une rêverie, une invention des hommes. Quelque chose de précis, de tangible est arrivée. Mais ayons l’humilité de reconnaître que nous ignorons la nature des faits. Ce que nous savons avec certitude, c’est que les disciples, hommes et femmes tout autant, ont témoigné d’avoir vu le Christ vivant, le Christ ressuscité, ils ont été transformés dans leur cœur et leur conscience, et c’est sur la base de cette expérience qu’ils se lancèrent dans la proclamation de la bonne nouvelle. Avec l’audace et le courage que nous savons.

Dans son extrême sobriété, l’Evangile de Marc nous donne quand même des indications très précieuses sur ce qui s’est passé. En particulier sa manière de décrire les mouvements. Comment les femmes avancent vers le tombeau, comment elles lèvent les yeux vers la pierre roulée, comment elles entrent dans le tombeau vide, comment elles en ressortent… Le peintre avec ses trois tableaux a fait ce qu’il a pu pour décrire la dynamique de cette scène dans le clair – obscur du matin de Pâques. Pour bien faire, il lui aurait fallu une caméra. Et même, une caméra à infrarouge.

Tout est mouvement

Mais le récit de Marc dans sa brièveté, nous en dit plus : il y a tout qui bouge dans ce récit.

Le soleil se lève. La pierre est soulevée, roulée. Les femmes marchent en pensant à la façon dont elles vont bien pouvoir rouler la pierre. On les imagine marchant nerveusement, la tête baissée, discutant entre elles, un peu enfermées dans leurs soucis immédiats. Devant la pierre roulée, elles lèvent les yeux : encore un verbe de mouvement, associée à la surprise, l’étonnement, l’incompréhension. Déjà la peur qui les envahit. Puis elles entrent dans le tombeau.

Pour pénétrer dans un tombeau, qui est comme un trou dans le rocher, il faut forcément baisser la tête, peut-être même se courber. Pour entrer dans l’Eglise de la nativité (ou la résurrection) à Bethléem, il faut baisser la tête, tellement la porte est basse.

Et voici que les femmes ont une rencontre avec l’ange, ce jeune homme vêtu de blanc. Encore des verbes et des préfixes de mouvement dans ce qu’il dit aux femmes : « ne vous effrayez pas, vous cherchez Jésus le Nazaréen, le crucifié ; il s’est réveillé. » Là le jeune homme fait un jeu de mot : réveillé, en grec, signifie aussi ressuscité. Un mouvement vers le haut.

« Allez dire à ses disciples qu’il vous précède en Galilée » Précéder, c’est marcher devant. Avancer en tête, ouvrir un chemin, aller en éclaireur sur une voie inconnue pour faciliter la marche de ceux qui suivent.

Oui, ça bouge dans le texte. Et aussi dans le cœur de ces femmes. Car elles sortent aussitôt du tombeau.

Après le mouvement d’entrée, le mouvement de sortie. Elles s’enfuient même, effrayées. Le mot grec pour dire leur effroi a la même racine que le mot extase, qui n’a rien à voir avec la sérénité ou l’allégresse, mais qui évoque plutôt la sortie de soi-même, le bouleversement intérieur.

La rencontre se fait dans l’obscurité

Quel enseignement pouvons-nous tirer de tous ces mouvements extérieurs et intérieurs, qui ont présidé à la naissance de la foi chrétienne ?

Il est étonnant de constater en premier lieu que la rencontre avec l’ange se fait à l’intérieur du tombeau. Pas dans le jardin, pas à l’entrée en plein air, mais dans le creux sombre et secret d’un tombeau.

Pourquoi faut-il que la Parole de Dieu soit donnée dans ce lieu précis ? Pourquoi pas au sommet d’une montagne comme pour Moïse au Mont Sinaï ? Non, dans le creux, dans le lieu profond, dans l’humble lieu qui évoque la mort… voilà que la parole de Dieu nous rejoint là. Pourquoi ?

Peut-être a-t-il fallu d’abord baisser la tête pour y entrer, faire acte d’humilité, comme on rentre en soi-même à certains moments de notre existence.

Cela me rappelle le fils prodigue, qui loin de son père, au fond de sa misère et en compagnie des cochons qu’il gardait, comment à ce moment de creux de son existence, il est entrée en lui-même. Et c’est là qu’il a décidé de retourner vers le Père.

Ce n’est pas au sommet de notre gloire, ce n’est pas quand les affaires vont bien que Dieu nous rejoint. Ce n’est pas quand nous gravissons la marche du podium de la réussite sociale, que Dieu se met à nous parler au cœur. C’est dans l’humble lieu qui dit notre mortalité, notre finitude, que Dieu se manifeste.

Nous avons là une première bonne nouvelle : Dieu nous rejoint dans notre nuit, alors que nous sommes face à notre mort, confronté à notre faiblesse. Combien de fois je suis témoin de cela, lors de mes entretiens pastoraux : c’est souvent au creux de notre misère que la présence de Dieu se fait sentir. Le romancier roumain Pietru Dimitriu raconte comment il a reçu la lumière de la foi au fond de sa prison, enchaîné, méprisé et torturé par les gardiens communistes. Au fond du trou, c’est le cas de le dire, il a reçu la visite de l’ange.

N’ayez pas peur

La 2ème bonne nouvelle, elle est toute entière contenue dans ce que l’ange a déclaré aux femmes, en ce matin de Pâques. Quel fut son message ? « N’ayez pas peur, a-t-il déclaré, celui que vous cherchez est vivant, il est ressuscité »

Voilà en condensé le message central de la foi chrétienne.

D’ailleurs, nos frères Juifs reçoivent à Pâques, à leur Pâque, un message qui y ressemble : Dieu a libéré le peuple de l’esclavage d’Egypte. Là aussi il y a du mouvement et des bouleversements. Le peuple traverse la mer des joncs à pied sec. Eux aussi ont peur. Nous l’avons lu dans l’Exode : ils ont peur de tout ce qui leur arrive : les chars Egyptiens sont à leur trousse. Et les colonnes d’eau à droite et à gauche, le vent, le désert qui les attend, la marche vers l’inconnue.


Le parallèle avec le récit de Marc ne s’arrête pas là. Le Dieu de Moïse précède le peuple dans sa marche dans le désert avec la colonne de feu la nuit et la nuée pendant le jour. De même pour les femmes qui sortent du tombeau, c’est Jésus qui les précède en Galilée. Il leur indique la route à suivre.

Il nous précède

Voilà la troisième bonne nouvelle de Pâques, frères et sœurs, c’est que Jésus nous précède sur la route. Il ne suffit pas de croire que Jésus est vivant quelque part dans le monde. Mais la bonne nouvelle de ce matin, c’est que Jésus nous précède, chacun, dans notre Galilée, c'est-à-dire dans notre vie quotidienne. La Galilée, pour les disciples, c’est le retour à la vie ordinaire, après les trois années extraordinaires en compagnie de leur maître. Le maître n’est pas au tombeau, il les précède là où ils sont, dans leurs jours de malheurs, et dans les jours de bonheur.

Il y a un message vibrant que nous recevons ce matin : il nous précédera. Nous ne serons plus jamais sans lui, plus jamais seuls avec nous-mêmes, avec notre travail, notre vie et notre mort. Le ressuscité sera avec nous. Voilà le message de Pâques. Le Dieu mystérieux qui nous apparaît souvent si énigmatique dans la vie et dans la mort est maintenant présent parmi nous en Jésus Christ comme un ami et un frère. Pâques est dorénavant la fête qui nous libère pour une vie dans la joie.

Amen

lundi 8 février 2010

Se découvrir appelé par Jésus Christ








Culte pour la journée des vocations
Le 7 février 2010, au Temple de Reims


Lectures : Esaïe 6. 1-8 (vocation du prophète Esaïe à travers une vision)
Luc 4. 1-11 Résumé : Jésus demande à Simon Pierre de jeter le filet alors qu’ils n’ont rien pris pendant toute la nuit. Ils ramassent une énorme quantité de poisson. Pierre reconnaît la présence de Dieu et se sent indigne. Jésus lui dit sois sans crainte, désormais tu seras pêcheur d’hommes. Pierre laisse sa barque et suit Jésus.

Il n’y a pas que les pasteurs qui sont concernés

C’est aujourd’hui la journée des vocations. C’est dans le but de susciter des vocations de pasteurs, que l’Eglise réformée de France l’a instituée. C’est une première.
Je tiens tout de suite à vous rassurer : je ne passerai pas dans les rangs à l’issue du culte pour recueillir vos demandes d’inscription à la faculté de théologie. Ce n’est pas un culte de recrutement, mais il y a quand même un message qui nous est adressé ce matin à travers les Ecritures, un message qui ne s’adresse pas aux seuls futurs pasteurs, mais à tous les chrétiens ici rassemblés, et même à ceux qui ne savent pas dire avec certitude qu’ils sont chrétiens, et ce message peut se résumer en cette petite phrase : vous avez été appelés par Jésus Christ.

La vocation d’Esaïe et de Pierre
Les deux textes que nous avons lus sont des récits de vocation, ou d’appel. D’ailleurs le mot vocation vient de vocare en latin, qui signifie appeler. Ces deux récits peuvent-ils servir de modèle ?
Examinons-les dans leurs différences, et surtout dans leurs points communs.
Ces deux récits ne se déroulent pas dans le même décor : pour Esaïe, cela se passait au cours d’une vision qui se déroulait dans le temple de Jérusalem, en 700 avant Jésus Christ environ, à l’époque où le peuple d’Israël était divisé en deux royaumes. Simon-Pierre, lui, est pêcheur de métier sur le lac de Génézareth, à l’époque où Jésus Christ commençait sa mission et se constituait une équipe de douze disciples.
Mais entre les deux récits, un point commun : Esaïe comme Pierre sont subitement mis en présence de Dieu lui-même : Esaïe au cours de sa vision, Pierre parce qu’il assiste à un miracle. « Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre » dit ce dernier à Jésus qui lui proposait de jeter ses filets au large. Si la pêche ne donne rien la nuit, elle a encore moins de chances d’être fructueuse le jour, tous les pêcheurs le savent. Mais sur la simple parole de Jésus, le miracle se produit : « ils prirent une telle quantité de poissons que leurs filets se déchiraient. »
Et tous deux, Pierre et Esaïe, ont la même réaction devant cette irruption de Dieu dans leur vie : tous les deux ont une même conscience de la sainteté de Dieu et de l’abîme qui nous sépare de lui. Leurs réactions à tous les deux se ressemblent beaucoup :
« Seigneur, éloigne-toi de moi, car je suis un homme pécheur » dit Pierre ; Esaïe disait : « Malheur à moi ! je suis perdu, car je suis un homme aux lèvres impures, j’habite au milieu d’un peuple aux lèvres impures ; et mes yeux ont vu le Roi, le Seigneur de l’univers ! »

Mais ce n’est pas notre péché ou notre indignité qui arrête Dieu ! Dieu est capable de combler le vide qui nous sépare de lui : pour Esaïe, il accomplit un geste hautement symbolique : il envoie un ange qui touche les lèvres du prophète avec une braise et lui dit : « ceci a touché tes lèvres, et maintenant ton péché est pardonné ». Quand à Pierre, il reçoit une parole de réconfort de Jésus : « sois sans crainte », et Jésus rajoute quelque chose qui marque à quel point il lui fait confiance: « désormais, ce sont des hommes que tu prendras ».

Pierre ne répond pas, mais il décide sur le champ de suivre Jésus. De façon semblable Esaïe finira par répondre à l’appel de Dieu pour être prophète d’Israël.
Ces deux récits de vocation sont construits sur un schéma classique, que l’on retrouve aussi pour Moïse au buisson ardent :
1ère étape : Dieu se manifeste dans sa gloire par un miracle ou une vision
2ème étape : L’homme, bouleversé, a d’abord un mouvement de recul et se sent indigne d’avoir été choisi. Pourquoi moi ?
3ème étape : Dieu insiste et réconforte l’homme en le déclarant digne, lui explique sa mission…
4ème étape : …et l’homme se met en route.
Est-ce un modèle pour nous ?
Ce schéma peut-il nous servir de modèle ? J’en doute fort. Cela ne correspond pas du tout à l’expérience de la très grande majorité de ceux qui s’engagent à la suite du Christ, qui prennent une responsabilité dans l’Eglise.
Qui peut dire, même parmi les pasteurs : j’ai eu une révélation de Dieu, j’ai entendu un appel ? un appel ? mais je n’ai entendu aucun appel, moi ! je n’ai jamais entendu la voix de Jésus ! Evidemment.
Qui peut dire : ma vocation s’est déroulée en 4 étapes : le miracle, la repentance, le pardon et la mission. ? Non, ce n’est pas comme cela que cela se passe, et tous les itinéraires de foi sont différents.
Nous sommes tous en chemin de foi. Certains ont des engagements dans l’Eglise, et exercent le ministère de catéchète, de prédicateur, ou de distributeurs du courrier (nous allons en reparler justement) et bien d’autres. Ont-ils tous reçu un appel ?

Il y a appel et appel

Et bien d’une certaine manière, oui. Car il y a appel et appel.
Un appel, ce n’est pas nécessairement une voix, ou un coup de sifflet. Un appel peut se manifester de mille manières, c’est quelque chose qui peut être discret, ténu, mais qui fait signe, et que nous déchiffrons parfois longtemps après. Alors le signe devient sens.
En ce qui me concerne, il m’a fallu des années pour comprendre la signification de tous les signaux, le plus souvent des signaux faibles, que Dieu m’adressait sans relâche.
La cloche qui sonne au clocher du village peut être perçue comme un appel. (d’ailleurs, c’est fait pour cela).

Certains parmi vous sont en recherche, en quête d’une réponse à une question qui aujourd’hui les taraude, et demain ce sera une autre question. Cette question les met en mouvement : ils n’ont pas trouvé « la » réponse, mais ils cherchent. Ils cherchent Dieu. On peut appeler cela le « désir de Dieu ». Mais qui a mis en eux ce désir, sinon Dieu lui-même ? qui leur a donné cet avant-goût de vie éternelle, par une expérience souvent fugitive ? et c’était tellement bon qu’ils désirent en goûter à nouveau ? N’est-ce pas là aussi une forme d’appel ? Un appel non pas à suivre Jésus Christ, mais un appel à le chercher ? et l’ayant un jour trouvé, à le suivre ?
Tous cela reste très mystérieux … et à la fois merveilleux, car toujours nouveau, toujours inattendu, comme un chemin qui sillonne dans les bois au printemps et réserve des surprises au promeneur à chaque tournant.

Se découvrir appelé par Jésus Christ

Je crois qu’être chrétien, c’est se découvrir appelé par Jésus Christ. Nous le découvrons peu à peu, pas nécessairement de manière abrupte et spectaculaire. Peu à peu nous découvrons ce qui nous a mis en route sur le chemin de la foi : une phrase lâchée au hasard d’une conversation ordinaire, la lecture d’un passage biblique, peut-être même une prédication, (c’est rare, mais ça arrive !), ou le témoignage d’un croyant. A travers toutes ces paroles, prononcées par des hommes et des femmes, c’est l’appel discret de Jésus ou de Dieu que nous avons reçu.

Être appelé, c’est exister

Qu’est-ce que cela change pour nous de nous découvrir appelés par Jésus Christ ?
Cela change profondément notre façon de nous regarder nous même. C’est comme si notre identité d’homme ou de femme avait été subtilement, mais profondément changée.

Je m’explique : tout être humain n’existe que parce qu’il a été nommé par un autre. Par une mère et un père étant petit, puis par toutes les personnes qui lui ont adressé la parole, qui se sont intéressés à lui. Un être humain, si nul jamais ne l’appelle, il meurt. S’il n’a pas de nom, il n’existe pas. Certaines personnes qui quittent brusquement leur activité professionnelle, soit par le chômage, soit par la prise de retraite, en font la douloureuse expérience. Du jour au lendemain, le téléphone ne sonne plus, personne ne les appelle. Ils ont l’impression de ne plus exister.

L’appel c’est ce qui nous identifie, c’est ce qui nous donne d’exister.
Quand Jésus appelle Pierre, il le fait exister en tant que disciple, c’est une nouvelle identité qui naît. Pour marquer le coup, Jésus va changer son nom, l’appeler autrement : Simon, désormais tu t’appelleras Pierre. Vous noterez au passage le rapprochement entre deux verbes : nommer et appeler. Comment te nommes-tu, comment t’appelle-tu ? Ce sont des expressions interchangeables. Pour être plus justes, on devrait dire : comment es-tu appelé ? comment es-tu nommé ? car nul ne peut s’appeler lui-même.

Libérés du souci d’exister par nous-mêmes

Nous découvrir appelés par le Christ, c’est nous sentir exister aux yeux d’un Autre, avec un grand A, qui a inscrit notre nom dans son cœur. Et le cœur de Dieu est large, il y a de la place pour tout le monde. Nous nous découvrons précieux aux yeux de Dieu.
Alors cela nous libère d’un grand souci. Le souci d’exister aux yeux de nous même, et aux yeux des hommes qui nous entourent. Quelle libération ! Nous n’avons pas à faire valoir nos diplômes, ou notre CV, ou nos bonnes œuvres, pour exister aux yeux de Dieu. Dieu ou Jésus Christ nous appelle et nous fait exister tels que nous sommes, c’est-à-dire pécheurs, limités, vulnérables, sujets au doute. Oui, sujets au doute. Nous n’avons même pas besoin de démontrer que nous avons la foi pour exister aux yeux de Dieu, car il nous prend avec nos doutes. N’est-ce pas une libération ?

Finalement, nous qui sommes rassemblés ici, nous recevons chacun une vocation. Ce mot ne doit pas nous effrayer. L’Eglise est le lieu privilégié où nous devrions l’entendre chaque dimanche, et pas seulement le jour J de la journée des vocations. C’est d’ailleurs inscrit dans le nom même d’Eglise, qui en grec se dit ek-klesia, appeler, appeler hors de, appeler à sortir.
Nous sommes appelés par le Christ à sortir de nos maisons,
appelés à sortir de nous-mêmes,
Nous sommes appelés comme Esaïe, comme Pierre, comme tant d’autres dont personne ne parle…
Appelés pour quoi faire ?
Pour nous mettre à l’écoute et à la suite de celui qui nous fait exister de manière profondément nouvelle : Jésus Christ.







dimanche 24 janvier 2010

Pourquoi la souffrance ?




Méditation sur RCF Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, Reims

Vendredi matin 22 janvier 2010

Lecture : Luc 24. 25-27 : les pèlerins d'Emmaüs

« (Jésus) leur dit : que vous êtes stupides ! comme votre cœur est lent à croire tout ce qu’ont dit les prophètes ! Le Christ ne devait-il pas souffrir de la sorte pour entrer dans sa gloire ? Et commençant par Moïse et par tous les Prophètes, il leur fit l’interprétation de ce qui, dans toutes les Ecritures, le concernait. »

Méditation :

Les deux disciples de Jésus rentraient chez eux, déçus et désemparés. Ils ne comprenaient pas que leur maître ait pu souffrir et mourir sur la croix. C’est alors qu’un inconnu les rejoint sur le chemin d’Emmaüs. Après les avoir écouté longuement, il les interpelle vivement : hommes sans intelligence ! que vous êtes lents à croire et à comprendre !

et il se met à leur expliquer le sens des Ecritures pour que la souffrance et la mort de leur maître prenne une signification. Non, le messie qu’ils ont suivi n’a pas souffert en vain, il n’est pas mort en vain. Il fallait qu’il passe par là pour entrer dans sa gloire, c’est à dire pour se faire reconnaître aux yeux du monde comme fils bien aimé de Dieu, et révéler tout l’amour de Dieu pour le monde.

L’homme qui leur expliquait les Ecritures n’était autre que Jésus lui-même, mais il ne s’était pas encore fait reconnaître.

Il s’est appuyé sur un passage d’Esaïe, qui parle d’un serviteur de Dieu, sans péché, et objet de toute la méchanceté des hommes. Je cite : « il était transpercé à cause de nos transgressions, écrasé à cause de nos fautes ; et c’est par ses meurtrissures que nous avons été guéris, dit le prophète » Et ce serviteur souffrant, Dieu l’a relevé. C’est-à-dire rendu vivant aux yeux des hommes, ressuscité.

Question : Cela soulève la question de la souffrance. Quel sens donner à la souffrance aujourd’hui ? Surtout la souffrance des innocents ?

Oui, c’est la terrible question : pourquoi la souffrance des innocents ? pourquoi la mort par milliers ravage-t-elle un peuple déjà meurtri par la pauvreté, les ouragans et les chefs d’Etat corrompus ? Vous avez compris de quel pays je parle. Et plus proche de nous : Quel sens donner à la souffrance d’un enfant ? à la mort d’un être aimé ? Pourquoi ?

Il n’y a pas de réponse à cette question. Quand il s’agit de Jésus Christ, et avec le recul de 20 siècles de christianisme, nous comprenons et nous croyons que cet envoyé de Dieu n’est pas mort en vain. Mais quand il s’agit d’un enfant qui pleure ses parents étouffés sous les décombres de la maison, quelle explication donner ? Dieu n’a pas voulu qu’il souffre. Le séisme ne vient pas de Dieu. Alors pourquoi la souffrance ?

Ne nous laissons pas non plus bercer par des phrases qui ne consolent pas vraiment, et que nous entendons, parfois même dans l’Eglise : la souffrance ici bas n’est pas grand chose à côté des consolations du monde à venir. Non, la souffrance est une réalité aveugle et injustifiable, pour ne pas dire absurde.

Mais il y a une autre réalité qui co-existe avec la souffrance : la présence de Dieu en nous.

Réalité immatérielle, mais réalité tout de même.

Question : Oui, mais cette réalité n’est pas du tout évidente. Comment en rendre compte ?

En effet, ce n’est pas du tout évident. C’est comme si un inconnu marchait à nos côtés, nous emboitait le pas dans notre épreuve. Nous ne savons pas que c’est Jésus Christ. Cette présence de Dieu, cette étincelle divine en chaque homme, est cachée au plus profond de nous. Elle est appelée à s’épanouir. C’est après coup le plus souvent qu’elle se révèle à nous et nous permet de comprendre qui est Dieu pour nous.

Alors on comprend que Dieu est un Dieu qui souffre avec nous. Un Dieu dont le fils bien aimé est mort sur la croix pour nous, et à qui nous pouvons confier nos tourments et préoccupations, car il sait de quoi il s’agit. Quand on lui parle de douleur, de solitude, de sentiment d’abandon, il nous comprend à fond, car il sait ce que c’est pour l’avoir lui-même vécu.

Quel compagnon merveilleux que ce Jésus Christ ! Il nous fait voir le bout du tunnel qui est lumière. Il nous fait traverser l’épreuve par une flamme d’espérance qu’il allume au fond des lieux les plus sombres de notre existence. Dieu ne nous épargne pas le malheur, mais il nous le fait traverser comme le compagnon, l’accompagnateur, le guide le plus merveilleux qui existe sur la terre !