mercredi 14 avril 2010

Le ministère diaconal

Lecture : Actes 6. 1-6


Méditation

Les douze apôtres étaient débordés par les tâches à accomplir, ils ne pouvaient à la fois s’occuper de l’annonce de la bonne nouvelle, de la prière, du service liturgique et du soutien dû aux plus démunis, en particulier les veuves. C’est pourquoi ils choisirent sept diacres à qui ils confièrent le soutien aux veuves et le service liturgique, en particulier le service des tables. Ainsi est né le ministère diaconal. En grec diakonos veut dire serviteur. C’est intéressant de voir que la diaconie et le service des tables sont étroitement associés. Le service des tables correspond à l’eucharistie aujourd’hui, (que les protestants appellent la cène).

A l’époque des premières communautés chrétiennes, il s’agissait de véritables agapes fraternelles. Tout le monde venait manger autour de la table, les riches et les pauvres, les hébraïsants et les hellénisants. Cette cohabitation autour d’une même table avait quelque chose de révolutionnaire : car jamais ces différentes catégories de personnes n’avaient l’habitude de partager ensemble le repas. Cela s’appelle la commensalité. C’est une expérience marquante pour tout le monde que de partager la même table avec un autre qui est différent. Jésus était critiqué pour avoir mangé avec les gens de mauvaise vie.

Il y a donc un lien très étroit entre le partage du pain et du vin de la cène et la diaconie, en ce sens que les riches se rendent proches des pauvres, les français des étrangers, les personnes éduquées de celles qui n’ont aucune éducation.

Cette proximité n’est possible que grâce à l’appel du Christ de partager le pain et le vin en mémoire de sa mort et de sa résurrection. Jesus est mort et ressuscité, pas seulement pour que chacun soit sauvé, mais aussi pour que tout ce qui fait obstacle à la réconciliation entre les hommes soit un jour levé.

Quand un membre d’Eglise s’engage dans la diaconie, il se rend proche de l’autre qui est différent. Il ne s’agit pas seulement de donner un peu d’argent à une association caritative, ou des vêtements à une braderie, il s’agit de rentrer en relation avec l’étranger, avec le sdf, avec le blessé de la vie.

Entrer en relation comme doivent le faire des frères en Christ, avec un esprit de bienveillance et de réciprocité dans le partage. Il s’agit de regarder l’autre comme l’a fait Jésus quand il allait chez les hommes et les femmes de toutes conditions, y compris les plus exclus et les plus méprisés de la ville : les regarder avec bienveillance et simplicité de cœur. Car mon prochain est lui aussi enfant béni du Père.

Prière

Seigneur tu vois combien la tâche est immense pour le ministère de diaconie à laquelle tu appelles ton Eglise. Que de misère autour de nous ! L’Eglise n’est heureusement pas la seule à combattre les fléaux sociaux, mais comment prêcher l’Evangile et ne pas venir au secours de notre frère qui meurt de faim à notre porte ? Seigneur, veuille susciter des artisans de justice et de paix dans le monde, et que ton Eglise ne cesse de donner l’exemple. Que notre façon d’agir soit sans cesse modelée sur celle de Jésus Christ, qui n’a pas épargné son temps ni sa personne pour soulager, guérir, encourager et consoler.

Si le ministère diaconal est parfois lourd à assumer, tant les souffrances sont grandes, nous savons que toi, Seigneur, tu est à nos côtés pour porter le fardeau. Nous pouvons même te remettre ce fardeau dans la prière, car tu as dit : venez à moi, vous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai le repos.

Accorde-nous Seigneur à la fois le zèle de l’Evangile et l’élan de la visite, la joie de te louer et le souci de servir, l’ardeur de la prière et la disponibilité pour agir dans le monde.

Amen

Le ministère de prophète



Lecture : Ezechiel 2 . 1- 10 et 3. 1-3


Méditation

Ezechiel n’a pas choisi d’être prophète. C’est Dieu qui l’a choisi pour être prophète c’est-à-dire pour parler aux hommes de la part de Dieu. Mais ce que Dieu avait à dire à son peuple n’était pas des paroles à l’eau de rose, c’était des réprimandes et des menaces, des paroles dures à entendre, dures à mettre en pratique.

Ainsi le prophète est celui qui transmet une parole de Dieu aux hommes, même si cette parole est dure à entendre. Au temps d’Ezechiel, le peuple avait oublié l’alliance avec Dieu et adorait les idoles de pierre et de bois. Ils avaient besoin d’un électrochoc pour se ressaisir, et revenir au Dieu de l’alliance. Ezechiel était le canal de l’électrochoc divin.

Cette image du prophète semble être d’un autre temps, totalement hors de propos aujourd’hui. Aujourd’hui, celui qui parle au nom de Dieu ne risque pas la persécution, en tout cas dans notre société occidentale, mais il risque d’être tourné en dérision, pris pour un illuminé, ou accueilli par un haussement d’épaule. Etre prophète n’est pas une sinécure, surtout quand les interlocuteurs sont fermés à toute parole venant de Dieu. Or notre société n’est-elle pas dans cette situation ?

Etre prophète, ce n’est pas un choix personnel, c’est un choix de Dieu. Dieu a planté une parole au fond de notre cœur qui nous brûle, et que nous ne pouvons plus contenir. C’est comme le rouleau que le prophète Ezechiel a du avaler : la parole de Dieu habite en lui, il la rumine et la ressasse, elle lui brûle les entrailles.

Nous ne sommes pas tous appelés à être prophètes dans l’Eglise, mais nous avons tous quelque chose à partager avec ceux que nous fréquentons : ne serait-ce que notre confiance en Dieu.

Face à celui qui désespère, n’avons-nous pas, de la part de Dieu, une parole d’espérance à partager ?

Face à celui qui souffre de solitude, n’avons-nous pas à dire la présence et la fidélité de Dieu ?

Face à celui qui se sent aimé de personne, n’avons-nous pas à lui dire : il y en a un là haut qui te connaît par ton nom et te veut du bien ?

Au fond, c’est cela aussi être prophète : ne pas garder pour soi le trésor que Dieu nous a confié. Oser le partager en Eglise avec nos frères et sœurs dans la foi, oser aussi le partager avec les collègues de travail, les voisins, les amis et la famille, au quotidien.

Prière :

Seigneur, tu vois ma timidité devant les hommes, mon embarras à parler de toi. Pourtant tu veux faire de moi un témoin, peut-être même un prophète. Mais comment pourrai-je dire l’Evangile à celui qui ne veut pas l’entendre ? comment oserai-je dévoiler ce qui m’est personnel sans embarrasser l’autre qui m’écoute ? comment dire la foi avec les mots d’aujourd’hui, plutôt qu’avec le jargon d’Eglise ?

Seigneur, tu nous a dit : vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde.

Tu attends de nous que nous soyons les reflets de ta lumière dans le monde. Aide-nous à répondre à tes attentes, Accorde-nous par ton Esprit la force et l’audace de témoigner de tes bienfaits, de proclamer la bonne nouvelle de Jésus Christ, de transmettre les paroles qui nous brûlent le cœur, jusqu’à ce qu’elles soient partagées avec ceux que tu places sur notre chemin.

Merci Seigneur pour les témoins et les prophètes qui se sont succédés depuis des siècles et des siècles pour nous transmettre ta Parole, et nous rapporter par la Bible les traces de ton intervention dans l’histoire des hommes. Loué sois-tu pour tous ceux qui nous ont partagé leur foi, et aussi leur doute, car ils nous ont aidé à mieux te connaître, et cheminer dans la foi.

Sans témoin, sans prophète, nous ne serions pas là pour te prier aujourd’hui. Que serait aujourd’hui l’Eglise sans eux ? Suscite encore des vocations pour ton Eglise, Seigneur, des prêtres, des diacres, des prédicateurs, des pasteurs et des prophètes de toutes sortes, pour qu’avance ton Royaume de paix et d’amour sur cette terre qui en a tant besoin.

Amen

samedi 3 avril 2010

Tu m’a rejoins dans mon tombeau, et tu as changé mes lamentations en danse











Prédication de Pâques à Epernay le 4 avril 2010

Lecture biblique : Marc 16, 1-8

Trois tableaux

Nous pourrions décrire ce qui s’est passé le dimanche de Pâques à l’aide de trois tableaux. Celui qui les a peints s’était posté à 20 mètres environ du tombeau, dans le jardin de Joseph d’Arimathée. Il faisait encore nuit sous le ciel étoilé. A sa droite apparaît une allée bordée d’oliviers et d’arbousiers. A sa gauche le vallon étroit et sombre s’ouvre sur la ville de Jérusalem endormie. Le peintre a installé son chevalet et pris ses pinceaux.

1er tableau : l’entrée du tableau ressemble à une grotte creusée dans le rocher, mais elle est fermée par une grosse et lourde pierre ronde. Tout est silence et obscurité.

Une lumière jaune vif entoure la pierre, comme un liseré brillant, révélant que l’intérieur de la tombe est vivement illuminé.

2ème tableau : L’aurore s’est levée dans le jardin. Tiens, la pierre a été roulée sur le côté. A cette distance il est difficile de distinguer ce qu’il y a à l’intérieur. Voici trois silhouettes de femmes qui s’avancent dans l’allée à droite en direction du tombeau. Elles ont le visage baissé.

3ème tableau : il fait jour. L’entrée du tombeau n’a pas changé d’aspect, mais les trois femmes retournent en courant sur leurs pas.

Le peintre, témoin oculaire de cette scène étrange, n’a pas laissé de trace de ses observations.

Et les femmes ? celles qui ont vu et entendu des choses surprenantes, qu’ont-elles fait ? pendant un temps, elles n’ont rien raconté à personne, tellement elles étaient troublées, mais en définitive, elles ont bien tout raconté aux disciples.

L’évangile de Marc que vous avez entendu se termine, dans sa version courte, de façon abrupte, mais dans sa version longue, plus tardive dans sa rédaction, il reprend les témoignages des autres évangiles.

Il n’y a pas de doute, Jésus est bien apparu aux disciples en Galilée comme il l’avait promis. Thomas l’incrédule, a bien fini par se rendre à l’évidence que Jésus était là, en chair et en os devant lui, et il a cru.

Mais l’Evangile de Marc est particulièrement sobre pour décrire l’événement qui est à l’origine de la foi chrétienne.

Il est étonnant que ce qui fonde notre foi soit si ténu, si mystérieux. Car si on y regarde de plus près, on s’aperçoit qu’il n’y a pas dans les Evangiles d’explication au triomphe de Pâques, nous n’avons aucun récit dans aucun évangile relatant la manière par laquelle Jésus est passé de la mort à la vie.

Il s’est passé quelque chose, c’est certain. La résurrection n’est pas une rêverie, une invention des hommes. Quelque chose de précis, de tangible est arrivée. Mais ayons l’humilité de reconnaître que nous ignorons la nature des faits. Ce que nous savons avec certitude, c’est que les disciples, hommes et femmes tout autant, ont témoigné d’avoir vu le Christ vivant, le Christ ressuscité, ils ont été transformés dans leur cœur et leur conscience, et c’est sur la base de cette expérience qu’ils se lancèrent dans la proclamation de la bonne nouvelle. Avec l’audace et le courage que nous savons.

Dans son extrême sobriété, l’Evangile de Marc nous donne quand même des indications très précieuses sur ce qui s’est passé. En particulier sa manière de décrire les mouvements. Comment les femmes avancent vers le tombeau, comment elles lèvent les yeux vers la pierre roulée, comment elles entrent dans le tombeau vide, comment elles en ressortent… Le peintre avec ses trois tableaux a fait ce qu’il a pu pour décrire la dynamique de cette scène dans le clair – obscur du matin de Pâques. Pour bien faire, il lui aurait fallu une caméra. Et même, une caméra à infrarouge.

Tout est mouvement

Mais le récit de Marc dans sa brièveté, nous en dit plus : il y a tout qui bouge dans ce récit.

Le soleil se lève. La pierre est soulevée, roulée. Les femmes marchent en pensant à la façon dont elles vont bien pouvoir rouler la pierre. On les imagine marchant nerveusement, la tête baissée, discutant entre elles, un peu enfermées dans leurs soucis immédiats. Devant la pierre roulée, elles lèvent les yeux : encore un verbe de mouvement, associée à la surprise, l’étonnement, l’incompréhension. Déjà la peur qui les envahit. Puis elles entrent dans le tombeau.

Pour pénétrer dans un tombeau, qui est comme un trou dans le rocher, il faut forcément baisser la tête, peut-être même se courber. Pour entrer dans l’Eglise de la nativité (ou la résurrection) à Bethléem, il faut baisser la tête, tellement la porte est basse.

Et voici que les femmes ont une rencontre avec l’ange, ce jeune homme vêtu de blanc. Encore des verbes et des préfixes de mouvement dans ce qu’il dit aux femmes : « ne vous effrayez pas, vous cherchez Jésus le Nazaréen, le crucifié ; il s’est réveillé. » Là le jeune homme fait un jeu de mot : réveillé, en grec, signifie aussi ressuscité. Un mouvement vers le haut.

« Allez dire à ses disciples qu’il vous précède en Galilée » Précéder, c’est marcher devant. Avancer en tête, ouvrir un chemin, aller en éclaireur sur une voie inconnue pour faciliter la marche de ceux qui suivent.

Oui, ça bouge dans le texte. Et aussi dans le cœur de ces femmes. Car elles sortent aussitôt du tombeau.

Après le mouvement d’entrée, le mouvement de sortie. Elles s’enfuient même, effrayées. Le mot grec pour dire leur effroi a la même racine que le mot extase, qui n’a rien à voir avec la sérénité ou l’allégresse, mais qui évoque plutôt la sortie de soi-même, le bouleversement intérieur.

La rencontre se fait dans l’obscurité

Quel enseignement pouvons-nous tirer de tous ces mouvements extérieurs et intérieurs, qui ont présidé à la naissance de la foi chrétienne ?

Il est étonnant de constater en premier lieu que la rencontre avec l’ange se fait à l’intérieur du tombeau. Pas dans le jardin, pas à l’entrée en plein air, mais dans le creux sombre et secret d’un tombeau.

Pourquoi faut-il que la Parole de Dieu soit donnée dans ce lieu précis ? Pourquoi pas au sommet d’une montagne comme pour Moïse au Mont Sinaï ? Non, dans le creux, dans le lieu profond, dans l’humble lieu qui évoque la mort… voilà que la parole de Dieu nous rejoint là. Pourquoi ?

Peut-être a-t-il fallu d’abord baisser la tête pour y entrer, faire acte d’humilité, comme on rentre en soi-même à certains moments de notre existence.

Cela me rappelle le fils prodigue, qui loin de son père, au fond de sa misère et en compagnie des cochons qu’il gardait, comment à ce moment de creux de son existence, il est entrée en lui-même. Et c’est là qu’il a décidé de retourner vers le Père.

Ce n’est pas au sommet de notre gloire, ce n’est pas quand les affaires vont bien que Dieu nous rejoint. Ce n’est pas quand nous gravissons la marche du podium de la réussite sociale, que Dieu se met à nous parler au cœur. C’est dans l’humble lieu qui dit notre mortalité, notre finitude, que Dieu se manifeste.

Nous avons là une première bonne nouvelle : Dieu nous rejoint dans notre nuit, alors que nous sommes face à notre mort, confronté à notre faiblesse. Combien de fois je suis témoin de cela, lors de mes entretiens pastoraux : c’est souvent au creux de notre misère que la présence de Dieu se fait sentir. Le romancier roumain Pietru Dimitriu raconte comment il a reçu la lumière de la foi au fond de sa prison, enchaîné, méprisé et torturé par les gardiens communistes. Au fond du trou, c’est le cas de le dire, il a reçu la visite de l’ange.

N’ayez pas peur

La 2ème bonne nouvelle, elle est toute entière contenue dans ce que l’ange a déclaré aux femmes, en ce matin de Pâques. Quel fut son message ? « N’ayez pas peur, a-t-il déclaré, celui que vous cherchez est vivant, il est ressuscité »

Voilà en condensé le message central de la foi chrétienne.

D’ailleurs, nos frères Juifs reçoivent à Pâques, à leur Pâque, un message qui y ressemble : Dieu a libéré le peuple de l’esclavage d’Egypte. Là aussi il y a du mouvement et des bouleversements. Le peuple traverse la mer des joncs à pied sec. Eux aussi ont peur. Nous l’avons lu dans l’Exode : ils ont peur de tout ce qui leur arrive : les chars Egyptiens sont à leur trousse. Et les colonnes d’eau à droite et à gauche, le vent, le désert qui les attend, la marche vers l’inconnue.


Le parallèle avec le récit de Marc ne s’arrête pas là. Le Dieu de Moïse précède le peuple dans sa marche dans le désert avec la colonne de feu la nuit et la nuée pendant le jour. De même pour les femmes qui sortent du tombeau, c’est Jésus qui les précède en Galilée. Il leur indique la route à suivre.

Il nous précède

Voilà la troisième bonne nouvelle de Pâques, frères et sœurs, c’est que Jésus nous précède sur la route. Il ne suffit pas de croire que Jésus est vivant quelque part dans le monde. Mais la bonne nouvelle de ce matin, c’est que Jésus nous précède, chacun, dans notre Galilée, c'est-à-dire dans notre vie quotidienne. La Galilée, pour les disciples, c’est le retour à la vie ordinaire, après les trois années extraordinaires en compagnie de leur maître. Le maître n’est pas au tombeau, il les précède là où ils sont, dans leurs jours de malheurs, et dans les jours de bonheur.

Il y a un message vibrant que nous recevons ce matin : il nous précédera. Nous ne serons plus jamais sans lui, plus jamais seuls avec nous-mêmes, avec notre travail, notre vie et notre mort. Le ressuscité sera avec nous. Voilà le message de Pâques. Le Dieu mystérieux qui nous apparaît souvent si énigmatique dans la vie et dans la mort est maintenant présent parmi nous en Jésus Christ comme un ami et un frère. Pâques est dorénavant la fête qui nous libère pour une vie dans la joie.

Amen

lundi 8 février 2010

Se découvrir appelé par Jésus Christ








Culte pour la journée des vocations
Le 7 février 2010, au Temple de Reims


Lectures : Esaïe 6. 1-8 (vocation du prophète Esaïe à travers une vision)
Luc 4. 1-11 Résumé : Jésus demande à Simon Pierre de jeter le filet alors qu’ils n’ont rien pris pendant toute la nuit. Ils ramassent une énorme quantité de poisson. Pierre reconnaît la présence de Dieu et se sent indigne. Jésus lui dit sois sans crainte, désormais tu seras pêcheur d’hommes. Pierre laisse sa barque et suit Jésus.

Il n’y a pas que les pasteurs qui sont concernés

C’est aujourd’hui la journée des vocations. C’est dans le but de susciter des vocations de pasteurs, que l’Eglise réformée de France l’a instituée. C’est une première.
Je tiens tout de suite à vous rassurer : je ne passerai pas dans les rangs à l’issue du culte pour recueillir vos demandes d’inscription à la faculté de théologie. Ce n’est pas un culte de recrutement, mais il y a quand même un message qui nous est adressé ce matin à travers les Ecritures, un message qui ne s’adresse pas aux seuls futurs pasteurs, mais à tous les chrétiens ici rassemblés, et même à ceux qui ne savent pas dire avec certitude qu’ils sont chrétiens, et ce message peut se résumer en cette petite phrase : vous avez été appelés par Jésus Christ.

La vocation d’Esaïe et de Pierre
Les deux textes que nous avons lus sont des récits de vocation, ou d’appel. D’ailleurs le mot vocation vient de vocare en latin, qui signifie appeler. Ces deux récits peuvent-ils servir de modèle ?
Examinons-les dans leurs différences, et surtout dans leurs points communs.
Ces deux récits ne se déroulent pas dans le même décor : pour Esaïe, cela se passait au cours d’une vision qui se déroulait dans le temple de Jérusalem, en 700 avant Jésus Christ environ, à l’époque où le peuple d’Israël était divisé en deux royaumes. Simon-Pierre, lui, est pêcheur de métier sur le lac de Génézareth, à l’époque où Jésus Christ commençait sa mission et se constituait une équipe de douze disciples.
Mais entre les deux récits, un point commun : Esaïe comme Pierre sont subitement mis en présence de Dieu lui-même : Esaïe au cours de sa vision, Pierre parce qu’il assiste à un miracle. « Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre » dit ce dernier à Jésus qui lui proposait de jeter ses filets au large. Si la pêche ne donne rien la nuit, elle a encore moins de chances d’être fructueuse le jour, tous les pêcheurs le savent. Mais sur la simple parole de Jésus, le miracle se produit : « ils prirent une telle quantité de poissons que leurs filets se déchiraient. »
Et tous deux, Pierre et Esaïe, ont la même réaction devant cette irruption de Dieu dans leur vie : tous les deux ont une même conscience de la sainteté de Dieu et de l’abîme qui nous sépare de lui. Leurs réactions à tous les deux se ressemblent beaucoup :
« Seigneur, éloigne-toi de moi, car je suis un homme pécheur » dit Pierre ; Esaïe disait : « Malheur à moi ! je suis perdu, car je suis un homme aux lèvres impures, j’habite au milieu d’un peuple aux lèvres impures ; et mes yeux ont vu le Roi, le Seigneur de l’univers ! »

Mais ce n’est pas notre péché ou notre indignité qui arrête Dieu ! Dieu est capable de combler le vide qui nous sépare de lui : pour Esaïe, il accomplit un geste hautement symbolique : il envoie un ange qui touche les lèvres du prophète avec une braise et lui dit : « ceci a touché tes lèvres, et maintenant ton péché est pardonné ». Quand à Pierre, il reçoit une parole de réconfort de Jésus : « sois sans crainte », et Jésus rajoute quelque chose qui marque à quel point il lui fait confiance: « désormais, ce sont des hommes que tu prendras ».

Pierre ne répond pas, mais il décide sur le champ de suivre Jésus. De façon semblable Esaïe finira par répondre à l’appel de Dieu pour être prophète d’Israël.
Ces deux récits de vocation sont construits sur un schéma classique, que l’on retrouve aussi pour Moïse au buisson ardent :
1ère étape : Dieu se manifeste dans sa gloire par un miracle ou une vision
2ème étape : L’homme, bouleversé, a d’abord un mouvement de recul et se sent indigne d’avoir été choisi. Pourquoi moi ?
3ème étape : Dieu insiste et réconforte l’homme en le déclarant digne, lui explique sa mission…
4ème étape : …et l’homme se met en route.
Est-ce un modèle pour nous ?
Ce schéma peut-il nous servir de modèle ? J’en doute fort. Cela ne correspond pas du tout à l’expérience de la très grande majorité de ceux qui s’engagent à la suite du Christ, qui prennent une responsabilité dans l’Eglise.
Qui peut dire, même parmi les pasteurs : j’ai eu une révélation de Dieu, j’ai entendu un appel ? un appel ? mais je n’ai entendu aucun appel, moi ! je n’ai jamais entendu la voix de Jésus ! Evidemment.
Qui peut dire : ma vocation s’est déroulée en 4 étapes : le miracle, la repentance, le pardon et la mission. ? Non, ce n’est pas comme cela que cela se passe, et tous les itinéraires de foi sont différents.
Nous sommes tous en chemin de foi. Certains ont des engagements dans l’Eglise, et exercent le ministère de catéchète, de prédicateur, ou de distributeurs du courrier (nous allons en reparler justement) et bien d’autres. Ont-ils tous reçu un appel ?

Il y a appel et appel

Et bien d’une certaine manière, oui. Car il y a appel et appel.
Un appel, ce n’est pas nécessairement une voix, ou un coup de sifflet. Un appel peut se manifester de mille manières, c’est quelque chose qui peut être discret, ténu, mais qui fait signe, et que nous déchiffrons parfois longtemps après. Alors le signe devient sens.
En ce qui me concerne, il m’a fallu des années pour comprendre la signification de tous les signaux, le plus souvent des signaux faibles, que Dieu m’adressait sans relâche.
La cloche qui sonne au clocher du village peut être perçue comme un appel. (d’ailleurs, c’est fait pour cela).

Certains parmi vous sont en recherche, en quête d’une réponse à une question qui aujourd’hui les taraude, et demain ce sera une autre question. Cette question les met en mouvement : ils n’ont pas trouvé « la » réponse, mais ils cherchent. Ils cherchent Dieu. On peut appeler cela le « désir de Dieu ». Mais qui a mis en eux ce désir, sinon Dieu lui-même ? qui leur a donné cet avant-goût de vie éternelle, par une expérience souvent fugitive ? et c’était tellement bon qu’ils désirent en goûter à nouveau ? N’est-ce pas là aussi une forme d’appel ? Un appel non pas à suivre Jésus Christ, mais un appel à le chercher ? et l’ayant un jour trouvé, à le suivre ?
Tous cela reste très mystérieux … et à la fois merveilleux, car toujours nouveau, toujours inattendu, comme un chemin qui sillonne dans les bois au printemps et réserve des surprises au promeneur à chaque tournant.

Se découvrir appelé par Jésus Christ

Je crois qu’être chrétien, c’est se découvrir appelé par Jésus Christ. Nous le découvrons peu à peu, pas nécessairement de manière abrupte et spectaculaire. Peu à peu nous découvrons ce qui nous a mis en route sur le chemin de la foi : une phrase lâchée au hasard d’une conversation ordinaire, la lecture d’un passage biblique, peut-être même une prédication, (c’est rare, mais ça arrive !), ou le témoignage d’un croyant. A travers toutes ces paroles, prononcées par des hommes et des femmes, c’est l’appel discret de Jésus ou de Dieu que nous avons reçu.

Être appelé, c’est exister

Qu’est-ce que cela change pour nous de nous découvrir appelés par Jésus Christ ?
Cela change profondément notre façon de nous regarder nous même. C’est comme si notre identité d’homme ou de femme avait été subtilement, mais profondément changée.

Je m’explique : tout être humain n’existe que parce qu’il a été nommé par un autre. Par une mère et un père étant petit, puis par toutes les personnes qui lui ont adressé la parole, qui se sont intéressés à lui. Un être humain, si nul jamais ne l’appelle, il meurt. S’il n’a pas de nom, il n’existe pas. Certaines personnes qui quittent brusquement leur activité professionnelle, soit par le chômage, soit par la prise de retraite, en font la douloureuse expérience. Du jour au lendemain, le téléphone ne sonne plus, personne ne les appelle. Ils ont l’impression de ne plus exister.

L’appel c’est ce qui nous identifie, c’est ce qui nous donne d’exister.
Quand Jésus appelle Pierre, il le fait exister en tant que disciple, c’est une nouvelle identité qui naît. Pour marquer le coup, Jésus va changer son nom, l’appeler autrement : Simon, désormais tu t’appelleras Pierre. Vous noterez au passage le rapprochement entre deux verbes : nommer et appeler. Comment te nommes-tu, comment t’appelle-tu ? Ce sont des expressions interchangeables. Pour être plus justes, on devrait dire : comment es-tu appelé ? comment es-tu nommé ? car nul ne peut s’appeler lui-même.

Libérés du souci d’exister par nous-mêmes

Nous découvrir appelés par le Christ, c’est nous sentir exister aux yeux d’un Autre, avec un grand A, qui a inscrit notre nom dans son cœur. Et le cœur de Dieu est large, il y a de la place pour tout le monde. Nous nous découvrons précieux aux yeux de Dieu.
Alors cela nous libère d’un grand souci. Le souci d’exister aux yeux de nous même, et aux yeux des hommes qui nous entourent. Quelle libération ! Nous n’avons pas à faire valoir nos diplômes, ou notre CV, ou nos bonnes œuvres, pour exister aux yeux de Dieu. Dieu ou Jésus Christ nous appelle et nous fait exister tels que nous sommes, c’est-à-dire pécheurs, limités, vulnérables, sujets au doute. Oui, sujets au doute. Nous n’avons même pas besoin de démontrer que nous avons la foi pour exister aux yeux de Dieu, car il nous prend avec nos doutes. N’est-ce pas une libération ?

Finalement, nous qui sommes rassemblés ici, nous recevons chacun une vocation. Ce mot ne doit pas nous effrayer. L’Eglise est le lieu privilégié où nous devrions l’entendre chaque dimanche, et pas seulement le jour J de la journée des vocations. C’est d’ailleurs inscrit dans le nom même d’Eglise, qui en grec se dit ek-klesia, appeler, appeler hors de, appeler à sortir.
Nous sommes appelés par le Christ à sortir de nos maisons,
appelés à sortir de nous-mêmes,
Nous sommes appelés comme Esaïe, comme Pierre, comme tant d’autres dont personne ne parle…
Appelés pour quoi faire ?
Pour nous mettre à l’écoute et à la suite de celui qui nous fait exister de manière profondément nouvelle : Jésus Christ.







dimanche 24 janvier 2010

Pourquoi la souffrance ?




Méditation sur RCF Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, Reims

Vendredi matin 22 janvier 2010

Lecture : Luc 24. 25-27 : les pèlerins d'Emmaüs

« (Jésus) leur dit : que vous êtes stupides ! comme votre cœur est lent à croire tout ce qu’ont dit les prophètes ! Le Christ ne devait-il pas souffrir de la sorte pour entrer dans sa gloire ? Et commençant par Moïse et par tous les Prophètes, il leur fit l’interprétation de ce qui, dans toutes les Ecritures, le concernait. »

Méditation :

Les deux disciples de Jésus rentraient chez eux, déçus et désemparés. Ils ne comprenaient pas que leur maître ait pu souffrir et mourir sur la croix. C’est alors qu’un inconnu les rejoint sur le chemin d’Emmaüs. Après les avoir écouté longuement, il les interpelle vivement : hommes sans intelligence ! que vous êtes lents à croire et à comprendre !

et il se met à leur expliquer le sens des Ecritures pour que la souffrance et la mort de leur maître prenne une signification. Non, le messie qu’ils ont suivi n’a pas souffert en vain, il n’est pas mort en vain. Il fallait qu’il passe par là pour entrer dans sa gloire, c’est à dire pour se faire reconnaître aux yeux du monde comme fils bien aimé de Dieu, et révéler tout l’amour de Dieu pour le monde.

L’homme qui leur expliquait les Ecritures n’était autre que Jésus lui-même, mais il ne s’était pas encore fait reconnaître.

Il s’est appuyé sur un passage d’Esaïe, qui parle d’un serviteur de Dieu, sans péché, et objet de toute la méchanceté des hommes. Je cite : « il était transpercé à cause de nos transgressions, écrasé à cause de nos fautes ; et c’est par ses meurtrissures que nous avons été guéris, dit le prophète » Et ce serviteur souffrant, Dieu l’a relevé. C’est-à-dire rendu vivant aux yeux des hommes, ressuscité.

Question : Cela soulève la question de la souffrance. Quel sens donner à la souffrance aujourd’hui ? Surtout la souffrance des innocents ?

Oui, c’est la terrible question : pourquoi la souffrance des innocents ? pourquoi la mort par milliers ravage-t-elle un peuple déjà meurtri par la pauvreté, les ouragans et les chefs d’Etat corrompus ? Vous avez compris de quel pays je parle. Et plus proche de nous : Quel sens donner à la souffrance d’un enfant ? à la mort d’un être aimé ? Pourquoi ?

Il n’y a pas de réponse à cette question. Quand il s’agit de Jésus Christ, et avec le recul de 20 siècles de christianisme, nous comprenons et nous croyons que cet envoyé de Dieu n’est pas mort en vain. Mais quand il s’agit d’un enfant qui pleure ses parents étouffés sous les décombres de la maison, quelle explication donner ? Dieu n’a pas voulu qu’il souffre. Le séisme ne vient pas de Dieu. Alors pourquoi la souffrance ?

Ne nous laissons pas non plus bercer par des phrases qui ne consolent pas vraiment, et que nous entendons, parfois même dans l’Eglise : la souffrance ici bas n’est pas grand chose à côté des consolations du monde à venir. Non, la souffrance est une réalité aveugle et injustifiable, pour ne pas dire absurde.

Mais il y a une autre réalité qui co-existe avec la souffrance : la présence de Dieu en nous.

Réalité immatérielle, mais réalité tout de même.

Question : Oui, mais cette réalité n’est pas du tout évidente. Comment en rendre compte ?

En effet, ce n’est pas du tout évident. C’est comme si un inconnu marchait à nos côtés, nous emboitait le pas dans notre épreuve. Nous ne savons pas que c’est Jésus Christ. Cette présence de Dieu, cette étincelle divine en chaque homme, est cachée au plus profond de nous. Elle est appelée à s’épanouir. C’est après coup le plus souvent qu’elle se révèle à nous et nous permet de comprendre qui est Dieu pour nous.

Alors on comprend que Dieu est un Dieu qui souffre avec nous. Un Dieu dont le fils bien aimé est mort sur la croix pour nous, et à qui nous pouvons confier nos tourments et préoccupations, car il sait de quoi il s’agit. Quand on lui parle de douleur, de solitude, de sentiment d’abandon, il nous comprend à fond, car il sait ce que c’est pour l’avoir lui-même vécu.

Quel compagnon merveilleux que ce Jésus Christ ! Il nous fait voir le bout du tunnel qui est lumière. Il nous fait traverser l’épreuve par une flamme d’espérance qu’il allume au fond des lieux les plus sombres de notre existence. Dieu ne nous épargne pas le malheur, mais il nous le fait traverser comme le compagnon, l’accompagnateur, le guide le plus merveilleux qui existe sur la terre !

la componction et la joie


Prédication donnée à l’Eglise St André le 24 janvier 2010 dans le cadre de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens.

Lectures bibliques :

Néhémie 8. 1-10

Luc 1. 1-4 et 4.14-21

La lecture publique

Quand arriva la fête du 7ème mois tout le peuple se rassembla comme un seul homme sur la place. On demanda au scribe Esdras d’apporter le livre de la Loi de Moïse. Esdras en fit la lecture depuis le lever du jour jusqu’à 6 h du matin. Les prêtres et les lévites donnaient les explications.

Chers frères et sœurs, je vous donne rendez-vous en Juillet de cette année, place d’Erlon. Tous les Rémois sont invités à entendre la Bible, qui sera lue depuis le lever du jour à 6 h du matin, jusqu’à midi. Tous les prêtres, pasteurs et diacres de la ville en feront la lecture publique, et en donneront les explications. A la fin de la lecture publique, tout le peuple de Reims lèvera les mains et s’écriera d’une seule voix : « AMEN ! »

Un tel projet n’aura sans doute pas le même succès que du temps d’Esdras et Néhémie… mais on a le droit de rêver, non ?

Au temps d’Esdras et Néhémie, en 450 avant Jésus Christ, le peuple est rentré d’exil et le Temple est enfin reconstruit. Vu de loin, on pourrait croire que tout est oublié. Et pourtant le moral n’y est pas. Il y a des disputes entre ceux qui sont restés pendant l’exil et ceux qui en sont revenus. On ne se remet pas non plus d’une invasion, du saccage d’une ville… on en garde des cicatrices pendant plusieurs générations. Et pourtant ils avaient tout : ils avaient la terre, la ville sainte, le Temple… mais il manquait la Parole de Dieu.

Un détail du récit m’a interpellé et c’est à ce sujet que je voudrais dire un mot : les Israelites rassemblés pleuraient en entendant les paroles de la Loi. Pourquoi pleuraient-ils ? « Ne pleurez pas, ne prenez pas le deuil », répétaient les prédicateurs, mais ils pleuraient. Il a fallu qu’ils leur disent : allez, mangez des viandes savoureuses, pour qu’ils cessent de pleurer. Que le champagne coule à flot dirions-nous ici !

La componction

A mon avis, ils pleuraient de componction. De la vraie componction. Il ne s’agit pas ici d’un air triste qu’on se donne, mais d’une douleur aigue que nous ressentons lorsque nous prenons conscience d’une faute commise.

Dans le nouveau testament, le mot componction est utilisé une seule fois dans un passage très significatif, à propos de la foule qui était à Jérusalem le jour de Pentecôte : « après voir entendu ce discours, il eurent le cœur vivement piqué » (Actes 2). En grec le mot pour componction signifie être piqué. Le discours en question est celui de Pierre, qui vient de révéler de la part de Dieu la faute du peuple, celle d’avoir crucifié Jésus.

Cette révélation engendre une vive douleur qui se situe au niveau du cœur. De cette douleur viennent les larmes, qui coulent en tout cas dans le cœur et souvent sur les joues.

Un autre exemple est celui du reniement de Pierre. En entendant chanter le coq, il prit conscience de sa faute et se mit à pleurer. Et les Israelites en entendant les paroles de la Loi, se mirent à pleurer, prenant conscience de l’écart entre leur comportement passé et la Loi de Moïse.

Dans la même ville de Jérusalem, 5 siècles plus tard, Jésus prêche dans une synagogue de Nazareth. Lui aussi fait la lecture de la Loi et les Prophètes. Mais ses auditeurs ne se sont pas mis à pleurer. Ils n’ont ressenti aucune componction. Ils s’interrogeaient seulement sur l’identité de celui qui leur parlait. Et lorsque ce dernier a laissé entendre que le messie qui devait venir se tenait debout devant eux, ils furent scandalisés, le chassèrent et cherchèrent même à le précipiter du haut d’une falaise.

Pourquoi y a-t-il les larmes et la componction à la Pentecôte ou du temps d’Esdras et Néhémie, et pas à Nazareth devant Jésus ?

Autre façon de formuler la question : Qu’est-ce qui nous fait prendre conscience de notre péché ? qu’est-ce qui nous pousse à la repentance.


L’œuvre de l’Esprit Saint

Notre conscience, me direz-vous. Ce gendarme intérieur qui nous dit : là tu as commis une faute. Tu as blessé l’autre, ou tu as transgressé la loi. Notre conscience produit la culpabilité, qui est le premier pas du chemin de la sagesse ou de la réconciliation. Sans conscience, la vie en société serait un enfer insupportable.

Mais notre conscience ne suffit pas à révéler notre péché devant Dieu. Il y a les fautes visibles et les fautes invisibles, enfouies au fond de notre être. La plus invisible est l’orgueil, disent les Pères de l’Eglise. Cette maladie de l’âme qui ne dit pas son nom, et qui est notre inclination à nous passer de Dieu, à nous faire nous même Dieu. C’est le péché originel décrit dans la Genèse.

Qui peut nous faire prendre conscience de notre orgueil ? Il n’y a que l’Esprit Saint qui puisse le faire. La componction ressentie par les Juifs à la Pentecôte était produite par l’Esprit Saint. Il soufflait bien fort à l’époque. A Nazareth, le village de l’enfance de Jésus, l’Esprit Saint n’a pas soufflé. Leur cœur s’est endurci en écoutant Jésus annoncer la bonne nouvelle du Royaume de Dieu. Mais au temps d’Esdras et de Néhémie, l’Esprit Saint a du souffler bien fort sur tous les Israelites rassemblés, pour qu’ils se mettent à pleurer de tout leur soul. Ils ont pris conscience qu’ils s’étaient éloignés de Dieu, et tous en cœur, ils se sont écriés « Amen ».

La repentance, une bonne nouvelle

L’appel à la repentance est aussi un appel à se réjouir. Les mots componction, repentance, péché ont une connotation un peu rabat-joie de nos jours. Et pourtant, je vous annonce que la repentance est une bonne nouvelle. Pourquoi ? parce qu’ elle nous révèle, en même temps que notre péché, l’infini amour de Dieu.

Dans la nuit du reniement, Jésus a regardé Pierre. Ce n’était pas un regard de reproche, mais de compassion. Pierre l’a compris dans le regard de Jésus, et il a pleuré.

C’est dans la découverte de l’amour infini du Christ, que Pierre a mesuré l’énormité de son reniement. C’est lorsque Dieu s’approche de nous dans sa grandeur que nous mesurons notre petitesse. Ou qu’il s’approche de nous dans sa bonté, que nous mesurons nos limites humaines. Plus l’amour de Dieu nous apparaît grand et plus notre péché nous apparaît grand, et plus profonde est notre conversion.

Plus profonde et plus durable aussi est notre joie. Cette joie à laquelle aboutit immanquablement le chemin de conversion, et qui surgit sans que nous puissions la commander, et dont la source est certaine : la joie est un fruit de l’Esprit Saint.

Si vous venez fin Juillet à mon rendez-vous de lecture publique pour tous les Rémois, prenez avec vous un panier avec des mets gras et succulents, je fournirai le Champagne, et nous ferons une grande fête à partir de midi.


En attendant, prions pour que l’Esprit Saint soit au rendez-vous !

Amen

lundi 18 janvier 2010

Soyez toujours joyeux !









Prédication donnée à Reims le 17 janvier 2009

Esaïe 43.1-4

Jean 2, 1-12

I Thessaloniciens 5, 16-18

Un miracle à Cana

C’est dans un petit village de Galilée au cours d’un repas de noces, que Jésus accomplit son 1er miracle. Les jeunes mariés sont des amis proches de sa mère Marie. La fête bat son plein. Mais voilà que le vin vient à manquer.

Marie s’en aperçoit et le signale à Jésus, en espérant qu’il allait faire quelque chose. Ce dernier, qui avait très bien compris l’allusion de sa mère, la rabroue un peu vivement, mais finit par intervenir.

L’eau des jarres de pierre est alors changée en vin, un vin qui s’avère excellent, du Château Laffitte ou Château Saint Julien, cru classé. N’allez pas croire que cela pouvait être du champagne… qui n’avait pas encore été inventé.

Ainsi la noce pouvait –elle reprendre de plus belle, trouver un second souffle.

Nous pourrions nous arrêter là et retenir de cette histoire le côté miraculeux, prodigieux, surnaturel de l’intervention de Jésus. Mais nous passerions à côté de la pointe du récit. La pointe n’est pas unique d’ailleurs, elle est comme la pointe d’un diamant, avec plusieurs facettes.

Trois facettes retiendront notre attention : la plénitude, la surabondance, la joie.

La plénitude transformante

L’interprétation classique des noces de Cana consiste à opposer l’ancienne alliance, symbolisée par les 6 jarres d’eau servant à la purification des Juifs, et la nouvelle alliance instaurée par Jésus Christ symbolisée par le vin de la coupe de communion.

Le miracle de Cana a donc une signification (c’est pourquoi Jean l’appelle un signe) : L’épisode de Cana nous fait entrer dans l’alliance en Jésus Christ. L’eau transformée en vin, c’est l’alliance fondée sur la Loi qui est transformée en alliance fondée sur la grâce.

Pour conforter cette idée, les exégètes font remarquer que le nombre de jarres a aussi une signification : le chiffre 6 étant celui qui précède le chiffre de la plénitude : sept. Il y a quelque chose d’imparfait, d’insuffisant dans le régime de la loi de Moïse. Il y a un manque. Le nouveau régime selon Jésus est caractérisé au contraire par la plénitude.

Remarquons aussi que Jésus demande de remplir les jarres jusqu’à rabord avec de l’eau, avant d’en faire du vin. Il y a un double mouvement : plénitude et changement ; remplissage et transformation.

Jésus n’est pas venu pour prolonger l’ancienne alliance, ni même pour en réparer les défauts, mais pour la renouveler profondément.

Il ne s’agit pas non plus d’un remplacement, comme on jette une vieille machine à laver pour la remplacer par une nouvelle. Je ne suis pas venu pour abolir la loi, a déclaré Jésus, mais pour l’accomplir. Il s’agit d’un accomplissement qui transforme, d’une plénitude transformante. Voilà pour la première facette du diamant.

La surabondance du don

Voyons maintenant l’aspect quantitatif. Les jarres destinées à la purification contenaient environ 100 litres d’eau chacune. Plus que la plénitude, c’est la surabondance. 600 litres d’excellent vin pour une fin de repas de noces, c’est bien plus qu’il n’en faut ! La grâce de Dieu, ça coule et ça déborde de partout, pour parler trivialement.

Le régime de la grâce inauguré par Jésus Christ est caractérisé par la surabondance du don de Dieu. Un don qui n’a pas de limite.

Le don des hommes a toujours des limites. L’effort de solidarité en faveur de Haïti dévasté par le tremblement de terre est louable, mais il est nécessairement limité dans le temps et en quantité. Et ce don est aussi limité par nature : les dons en argent et en vivres sont utiles, mais il faudrait donner du temps, encourager, former sur le long terme….

Il faut bien se rendre à l’évidence que le don venant des hommes est limité, bien que nécessaire et indispensable. Le don venant de Dieu, qui est d’une autre nature, qui est de l’ordre à la fois du pardon et de l’amour sans condition, ne connaît pas de limite. A la finitude de tout ce qui vient de l’homme correspond l’infinitude de ce qui vient de Dieu.

La joie qui surgit

Le diamant de notre histoire comporte encore une autre facette : la joie.

On pourrait se demander pourquoi le maître de cérémonie insiste autant sur le fait que le vin nouveau est meilleur que le vin du début ? « le maitre de cérémonie appelle le marié et lui dit : tout homme sert d’abord le bon vin, puis, quand les gens sont ivres, le moins bon ; toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à présent. »

L’attention du lecteur est portée non pas sur le changement de l’eau en vin, mais sur le passage du vin ordinaire au vin excellent. Sachant qu’entre les deux, il y a un manque, ou plus précisément la peur du manque. La peur de voir les noces se transformer en fiasco parce que le vin vient à manquer. Qu’est ce qui fait qu’un banquet de noces est réussi ? c’est la joie des convives. Le vin vient à manquer, c’est la joie qui retombe et disparaît.

On imagine les exclamations des convives quand ils goutèrent le vin nouveau, les chants et les danses qui reprennent, les rires qui éclatent et les sourires qui se lisent à nouveau sur tous les visages.

Le manque, le deuil, la perspective de la mort…. Tout cela nous procure de la tristesse, mais l’Evangile de ce matin nous parle au contraire d’un vin nouveau, d’une joie nouvelle qui est meilleure que le bonheur que nous cherchons par nos propres moyens à construire.

La tristesse, une maladie de l’âme

A propos de tristesse - je ne parle pas de la tristesse momentanée, mais de la tristesse qui s’installe, qui dure comme une déprime, une sinistrose, il est intéressant de noter que les Pères de l’Eglise la considèrent comme une maladie de l’âme. Les Pères orientaux des premiers siècles ont toujours considéré la joie comme un don de Dieu, et la tristesse comme un mal intérieur profond dont il faut guérir.

Et qui est le médecin des âmes par excellence ? Le Dieu de Jésus Christ affirment-ils avec force.

Quand je marche dans la vallée de l’ombre de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi. Nous dit le Psalmiste. Face à mes adversaires, tu dresses devant moi une table.

Dans la perspective des Pères de l’Eglise, les adversaires désignent les ennemis intérieurs, la peur, l’angoisse, la culpabilité ou la colère, autant de choses qui nous rongent.

En France la consommation d’anti-dépresseurs et d’anxiolytiques ne cesse de croître. La crise économique et sociale n’a sans doute pas amélioré les choses. Au milieu de la sinistrose générale, la joie est là, prête à se manifester.

Soyez toujours joyeux !

C’est d’ailleurs un commandement de Paul quand il dit « soyez toujours joyeux ! » Il s’adresse aux Thessaloniciens, qui avaient bien des raisons d’être inquiets ou tristes, à cause des moqueries et des persécutions dont ils étaient l’objet. Que leur commande-t-il ? Soyez toujours joyeux !

Mais comment peut-on décider d’être joyeux ? Curieux commandement !

N’y a-t-il pas un peu d’audace à oser proclamer « soyez toujours joyeux », alors que tant de guerres meurtrières endeuillent tous les jours notre planète, que les populations les plus pauvres de la planète subissent ouragans et tremblement de terre, que le terrorisme fleurit ici ou là, que les durent lois économiques condamnent tant de nos contemporains sous toutes les latitudes à une vie misérable ?… soyons clairs, la situation mondiale n’était pas plus glorieuse du temps de Paul.

Mais quand Paul parle de joie, il ne s’agit pas d’une gaieté superficielle, ou d’un optimisme béat, il s’agit de la joie profonde de l’assemblée croyante ; joie d’accueillir la bonne Nouvelle de la Parole de Dieu, joie de lire dans nos vies les signes de l’Esprit ; joie d’une vie fraternelle.

Se sentir aimé de Dieu

Et surtout, joie de se sentir aimés de Dieu. Les lignes du prophète Esaïe sont portées par un souffle inimitable : « n’aie pas peur dit l’Eternel, car je t’ai appelé par ton nom : tu es à moi. Si tu traverses les eaux je serai avec toi… du fait que tu as du prix à mes yeux, du fait que tu es glorifié et que je t’aime. »

Dans mon quartier habite une dame âgée que je croise souvent dans la rue. J’ai toujours été frappé par son sourire. Elle ne se plaint jamais et déborde toujours de joie. Vendredi dernier, sachant que j’avais à prêcher sur le thème de la joie, je lui ai demandé : dites moi madame, la joie cela évoque quoi pour vous ?

Elle me répond : c’est un don de Dieu. Je l’ai reçu à une époque où je n’allais pas bien du tout, où je culpabilisais par rapport à mes enfants (je ne rentre pas dans les détails) et je me sentais bien seule. Un jour je suis tombée sur ce passage d’Esaïe : « Tu as du prix à mes yeux et je t’aime. » Alors quelque chose a changé en moi. Si j’ai du prix aux yeux de Dieu, c’est plus important que tout le reste. J’ai retrouvé la joie dans la vie, et elle ne m’a plus jamais quittée.

Même quand il vous arrive des malheurs dans la vie ? ai-je demandé. Oui, la joie de Dieu m’aide à traverser les épreuves de la vie. Dieu donne la joie même quand cela ne va pas.

Il y a une différence entre bonheur et joie ; à la différence du bonheur, la joie n’est pas égoïste. La joie que Dieu me donne, elle n’est pas que pour moi, mais pour ceux qui m’entourent. Elle est contagieuse comme le virus de la grippe A.

Autre différence : on peut construire son bonheur, comme on construit un foyer, mais qui peut construire sa joie ? qui peut la commander ? La joie est un sentiment profond, inattendu, qui jaillit sans qu’on puisse le contrôler. D’où l’expression courante « éclater de joie ». Un évènement qui surgit en nous-même mais qui nous vient d’ailleurs, et dont la portée nous dépasse.

Comme le vin excellent qui surgit au milieu de la fête, de façon inattendue, sans que l’on sache comment il est arrivé. Seuls Marie et les serviteurs proches de Jésus savaient.

Dans le livre « la cité de la joie », Lapierre et Collins s’étonnent de voir tant de joie dans les bidonvilles de Calcutta. D’où vient elle ? cela reste un peu un mystère.

La pointe du diamant

La plénitude transformante, la surabondance du don, la joie surgissante, les trois facettes de notre diamant ne forment qu’une pointe. Et cette pointe, quelle est-elle ? c’est la personne de Jésus Christ. Jésus est esprit. Par son esprit il nous remplit et nous transforme ; il est don surabondant ; il fait surgir en nous la joie.


Au cours des noces de Cana quand la fête s’essouffle, un certain Jésus, discrètement, redonne un nouveau souffle. Quand la vie devient lourde et que notre coupe devient amère, un certain Jésus, discrètement, remplit notre coupe d’un vin délicieux.

Un vin qui est meilleur que tout ce que nous avons pu goûter auparavant,

Un vin qui a l’avant- goût de la vie éternelle,

Et qui nous laisse entrevoir ce que sera,

un jour, la joie d’être en communion totale avec le Dieu de Jésus Christ.

Amen